On tue en Belgique

Le meurtre de Semira Adamu par deux gendarmes, mardi soir, en Belgique, n’a rien d’un dérapage. Ni bavure, ni accident, il est l’aboutissement ultime d’une logique meurtrière légalisée, la concrétisation extrême du sort et de l’accueil que la Belgique réserve à ses demandeurs d’asile.

C’est, en quelque sorte, la « solution » que l’État belge a trouvé à ce qu’il – de même que tous les autres gouvernements européens – considère comme un « problème », à savoir l’immigration et l’accueil des étrangers. En effet, traités comme des criminels, les demandeurs d’asile se battant pour leurs droits en Belgique se voient enfermer dans de véritables prisons que sont les « centres fermés », pour une durée qui pouvait aller jusqu’à huit mois renouvelables, cinq mois renouvelables avec les nouvelles lois « humanistes ». On tente par là de les faire disparaître par tous les moyens, de les rendre invisibles et muets, derrière des murs et des barbelés d’abord, par l’étouffement, au sens le plus cru, ensuite

Mais le cynisme et l’impudence des autorités belges ne s’arrête pas là allant jusqu’à laisser entendre que Semira est responsable de sa propre mort, puisque c’est en refusant et en luttant contre son expulsion forcée et le monstrueux traitement qu’on lui infligeait qu’elle aurait contraint les gendarmes, en quelque sorte, à la tuer. En somme, se rebeller contre le mépris du droit à la dignité le plus élémentaire est, en Belgique, passible de la peine de mort. Mais, plus généralement, venir se réfugier dans un « pays de droits » pour avoir enfin accès au respect fondamental dû à tout être humain est considéré comme un crime : coupables de vivre, en somme, de revendiquer le droit à une vie digne. Il suffit pour s’en convaincre d’évoquer l’imagination perverse dont font preuve les autorités des différents pays européens pour neutraliser les étrangers « récalcitrants » en instance d’expulsion, « neutralisation » sans limite, puisqu’en France aussi elle a mené à la mort, en 1991, à Roissy, d’un demandeur d’asile sri-lankais. Comme toujours, cette répression criminelle se voit légitimée, dans un mécanisme d’inversion pervers, par la rébellion des intéressés, comme si celle-ci n’avait pas sa source dans une violence première, celle de la misère, du mépris des droits élémentaires et de l’exclusion.

Car en effet, les seuls criminels sont les gouvernements qui excluent, enferment, expulsent et tuent… et la seule légitimité est du côté de ceux qui se battent pour plus de justice, de ceux qui se révoltent face à la logique de haine et d’enfermement que construit chaque jour un peu plus notre Europe barbelée. Dans ces conditions, la révolte et la désobéissance face aux lois iniques et meurtrières n’est plus une option ou une possibilité, elle exprime une ligne de partage claire, car il est des moments où l’invocation de la complexité n’est pas de mise, où les choses se présentent de manière si nette que personne ne peut échapper à l’alternative : le silence et la complicité criminelle ou la résistance et la révolte.

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