Pétition: Non aux jeux vidéo dans les écoles !

Non aux jeux vidéo dans les écoles

Le jeu vidéo enseigné à l’école : le projet du gouvernement pour la rentrée 2026.


Le gouvernement veut intégrer l’E-sport dans les parcours scolaires et éducatifs, créer des partenariats entre les établissements publics et les acteurs privés du jeu vidéo. Il s’apprête à lancer un programme national intitulé « Esport et éducation ».
Est-ce vraiment une priorité de l’éducation nationale de mettre nos enfants sur des jeux dont nous constatons au quotidien la nocivité ? Impossibilité de s’arrêter de jouer, fébrilité, nervosité voire agressivité lorsque l’enfant n’est pas sur le jeu.
Démotivation pour apprendre. Les enseignants ont déjà des difficultés à faire leur travail face à des élèves de plus en plus inattentifs, agités en raison du temps passé sur des écrans.
Pour ce projet aberrant, les parents, les professionnels de santé et les enseignants n’ont pas été consultés.


Cette décision a été prise malgré l’avis négatif du Ministère de la santé et de la MILDECA (mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives). Pour cause, depuis 2019, les troubles liés aux jeux vidéo sont reconnus par l’organisation mondiale de la santé (OMS) comme une pathologie.
Les adolescents ne sont pas en capacité de se soustraire aux environnements très addictifs. C’est la raison pour laquelle les casinos leur sont interdits.
Le cerveau de nos enfants n’est pas à vendre !

C’est pourquoi nous vous demandons, Monsieur le Président de la République, Mesdames, Messieurs les ministres de renoncer  à ce  projet.

https://www.change.org/p/non-aux-jeux-vid%C3%A9o-dans-les-%C3%A9coles

Edgar Morin : « Je doute de l’humanité tout en croyant en elle »

Propos recueillis par Nicolas Truong Entretien

Durant plusieurs échanges menés entre 2024 et 2026 avec « Le Monde », le philosophe, ancien résistant, analyse les soubresauts du monde contemporain, de la régression autoritaire en Occident aux conflits identitaires au Moyen-Orient, en passant par les nouvelles technologies ou l’écologie, dramatiquement passée au second plan. Né en 1921, Edgar Morin est un ancien résistant, un anthropologue de la mort et un sociologue du temps présent, un intellectuel prophétique et engagé dans la cité. Analyste des nouveaux paradigmes scientifiques qui l’ont conduit à forger, dans les six tomes de La Méthode (Seuil, 1977- 2004), sa pensée de la « complexité », et soucieux de saisir les ressorts des dynamiques historiques, comme dernièrement dans Y a-t-il des leçons de l’histoire ? (Denoël, 2025), le philosophe centenaire revient sur la situation française et mondiale.

Comment analysez-vous le climat politique du moment ?

Un grand courant de régression néoautoritaire se répand dans le monde. Sa forme accomplie est le néototalitarisme chinois, qui s’appuie non seulement sur la police mais également sur l’informatique − reconnaissance faciale, contrôle des mails et des échanges téléphoniques, etc. −, afin d’asseoir son pouvoir. En Russie, la dictature poutinienne s’est aggravée avec la guerre menée en Ukraine. La Hongrie subit un régime néoautoritaire. L’Italie est dirigée par un gouvernement dont certains membres sont nostalgiques du fascisme − on observe partout dans le monde des résurgences fascistes, mais le fascisme en tant que parti unique totalitaire n’a pas ressuscité en tant que tel. Donald Trump a fait triompher une Amérique réactionnaire. Et je pourrais évoquer de nombreux pays asiatiques et latino-américains. Il sera peut-être bientôt minuit dans le siècle.

La France est-elle également menacée ?

Oui, parce que le national-populisme favorise l’une des deux France, celle qui fut longtemps monarchique, aristocratique et religieuse, une France pétainiste pendant la guerre, face à la France républicaine, laïque et sociale. On ne peut y résister que par la lucidité et l’esprit critique.

Pourtant, n’est-ce pas parfois au nom des valeurs républicaines qu’une France conservatrice mène ses combats idéologiques aujourd’hui, notamment autour de la laïcité ?

La laïcité est tolérance, et non interdiction. L’un des grands problèmes est celui de l’identité française : les antihumanistes ou réactionnaires la voient monolithique dans son unité. Or, cette unité comporte la diversité des cultures, qui est une richesse pour la France. Il y a certes des difficultés d’intégration car la France n’a pas été en mesure de réussir une politique inclusive de l’immigration. Nous payons aujourd’hui cet échec.

Que faire, alors que la situation politique s’aggrave, notamment avec la possible victoire du Rassemblement national en 2027 ?

Les humanistes devraient se relier les uns aux autres et se rassembler. Dominique de Villepin a d’ailleurs lancé son mouvement, La France humaniste. En cette période troublée, il conviendrait d’élargir et d’amplifier cette initiative, afin de nouer des alliances qui pourraient aller de Dominique de Villepin à François Ruffin et bien d’autres. Mais je crois qu’il faut, au préalable, redéfinir ce que j’appelle un humanisme régénéré conscient de l’identité d’origine et de la communauté de destin de tous les humains.

Le Moyen-Orient est plongé dans une guerre sans précédent depuis les attaques d’Israël et des Etats-Unis contre l’Iran, suivies du conflit au Liban. Comment penser cette nouvelle déflagration dont les répercussions sont désormais mondiales ?

Le régime ignoble des mollahs subit les frappes ignobles de Donald Trump et de Benyamin Nétanyahou. Mais c’est le peuple iranien qui subit martyre après martyre. Tout le Moyen-Orient est en train de passer sous la coupe israélo-américaine, notamment parce que le pro-israélisme est un fondement du trumpisme. Un processus catastrophique est en cours, même si Trump et Nétanyahou ne sont pas éternels. Il n’y a actuellement aucune chance de salut. Nous ne pouvons que témoigner dans l’impuissance. Le seul espoir est dans l’improbable. Résistons.

Le régime iranien, avec son programme nucléaire, n’est-il pas une menace existentielle pour Israël ?

L’Iran et Israël sont l’un pour l’autre une menace.

Vous n’avez cessé d’écrire sur le Proche-Orient. Comment le paradigme de la « complexité » que vous avez forgé permet-il d’analyser le conflit israélo-palestinien aujourd’hui ?
En contextualisant au préalable. En considérant les siècles de persécution religieuse ou raciale subie par les juifs. En considérant que si puissant que soit Israël il se trouve dans un environnement potentiellement hostile, que sa sécurité n’est pas assurée dans le futur et qu’il cherche cette sécurité dans la puissance militaire et l’extension territoriale. En considérant la disparition de la gauche israélienne et la domination politique des réactionnaires laïques et religieux qui ne peuvent concevoir ce qu’avait conçu Yitzhak Rabin : l’existence de deux Etats. En considérant la tragédie des Arabes palestiniens en partie chassés de leurs terres et réfugiés dans les camps, et la poursuite de la colonisation israélienne de la Cisjordanie tendant, au-delà de l’asservissement, à l’élimination. En considérant que le massacre de 1 221 Israéliens par le Hamas le 7 octobre 2023 [selon un bilan établi par l’Agence France- Presse à partir de chiffres officiels], puis le carnage estimé à plus de 70 000 Gazaouis [d’après le ministère de la santé de l’enclave] sous les assauts de l’armée israélienne ont aggravé la situation. En considérant le contexte géopolitique où Israël est devenu l’avant-garde et le bastion avancé de l’Occident dans un monde arabe où les populations lui sont hostiles et où les incidents militaires risquent, à chaque fois, de dégénérer en guerre. En pensant que le droit à l’existence d’Israël et le droit de naissance d’une nation palestinienne s’imposent l’un et l’autre éthiquement et politiquement. Tous ces points constituent des présupposés ou préliminaires que j’ai tenté de déployer dans Le Monde moderne et la condition juive [Seuil, 2006].

Comme le philosophe Martin Buber (1878-1965), vous auriez préféré « une nation commune aux Juifs et aux Arabes » plutôt que cette guerre sans fin qui oppose Israéliens et Palestiniens. Qu’est-il permis d’espérer, aujourd’hui ?

J’espère l’inattendu.

« Je considère que je fais plus honneur à l’identité juive par mon œuvre universaliste que ceux qui injurient ou calomnient au nom d’une identité close et exclusive », écriviez-vous dans « Leçons d’un siècle de vie » (Denoël, 2021). Faites-vous le même constat aujourd’hui ?

Je me définis selon une unité plurielle. Je suis d’ascendance juive séfarade, j’ai rendu hommage à mon père et à mes ascendants séfarades dans Vidal et les siens [Seuil, 1989]. J’ai gardé mon nom de naissance − Nahoum − sur mes papiers d’identité. J’ai pris un pseudonyme en entrant dans la Résistance − Morin − et je l’ai gardé pour mes activités publiques. La honte de soi ne me concerne pas. Je porte en moi une identité méditerranéenne, italienne et espagnole de plusieurs siècles.

Je suis d’abord un être humain pour qui, comme le disait Montaigne, tout homme est mon compatriote ; puis je suis français, juif, méditerranéen, nourri par un humanisme universaliste qu’apportèrent le marrane Montaigne et l’apostat Spinoza, humanisme qu’a entretenu ma culture française faite de la fréquentation des œuvres de Voltaire, de Denis Diderot ou de Victor Hugo. J’ajoute pour me situer que je fais partie des juifs humanistes hostiles à toutes persécutions, tous mépris, tous rejets.

Vous n’avez cessé d’analyser les mouvements de la jeunesse, des yéyés aux générations désorientées par les crises écologiques et géopolitiques. Comment percevez-vous cette jeunesse qui témoigne de sa solidarité avec la population palestinienne ?

Je n’ai plus la possibilité de faire des investigations comme je les faisais dans le passé. Je suis frappé et ému par la compassion d’une partie de la jeunesse en Europe comme aux Etats-Unis au sort tragique d’un peuple en voie de destruction, celui des Palestiniens, en partie chassés de leur terre et en partie colonisés, comme en Cisjordanie. Les Palestiniens risquent d’être chassés de Cisjordanie par l’Etat d’Israël et diasporés comme le furent les juifs dans l’Empire romain.

A la suite d’une tribune parue dans « Le Monde » en 2002, évoquant un « cancer israélo-palestinien en cours de métastases dans le monde », deux associations vous ont poursuivi pour « diffamation à caractère racial » et « apologie du terrorisme ». Considérez-vous qu’il reste difficile de parler du sort fait aux Palestiniens, notamment lorsqu’on est juif ?

Il arrive d’être très critiqué lorsque l’on critique la politique répressive d’Israël envers les Palestiniens. Pour certains inconditionnels de tout acte du gouvernement israélien, il y a trahison si l’on est juif. Je n’ai pourtant jamais contesté l’existence d’Israël. Dans mon cas, je souhaite m’inscrire dans la lignée des juifs humanistes, de Baruch Spinoza à Hannah Arendt, mais aussi dans le sillage d’intellectuels israéliens tels que l’historien Shlomo Sand et bien d’autres, dont les rédacteurs du quotidien Haaretz. Cela dit, il y a distinction − mais il y a parfois aussi contamination − entre antisémitisme, antijudaïsme et anti-israélisme : j’ai traité de cela en 2004 dans un article pour Le Monde qui, je crois, reste d’actualité.

Comment appréhendez-vous le regain d’antisémitisme qui gagne la planète ?

La domination israélienne sur les Palestiniens a suscité un antijudaïsme dans le monde arabo-musulman qui fut, dans le passé, accueillant pour les juifs, comme l’Empire ottoman. Elle a suscité un nouvel antisémitisme identifiant tout juif à un Israël oppresseur, ne voyant que l’attachement inconditionnel des institutions juives officielles de la diaspora à Israël. L’ancien antisémitisme s’est ainsi quelque peu ranimé. Mais n’oublions pas l’anti-islam, non moins ravageur.

« Tous les arts ont produit leurs merveilles. Seule la politique n’a produit que des monstres », écrivait Saint- Just, que vous aimez à citer. Pourquoi soutenez-vous que la politique est ce qu’il y a de plus sous-développé dans notre société ?

Il n’y a plus de culture politique fondée sur de grandes pensées comme celles de Marx ou de Tocqueville. Beaucoup de personnalités politiques actuelles manquent de culture historique. Et dans le vide de pensée propre, la politique est réduite à l’économie, et même à la seule économie néolibérale. Mais ce n’est pas seulement la politique qui est sous- développée dans notre société, c’est la pensée, c’est l’équité.

Vous êtes un sociologue du temps présent. Quelle est votre définition de la sociologie ?

La sociologie doit avoir une définition de la société comme entité auto- éco-organisatrice complexe. Sur cette base, on peut pratiquer une recherche de sociologie ouverte. Par ailleurs, chaque étude concrète de terrain nécessite une méthodologie propre, avec une implication du chercheur dans sa recherche. Ce que j’ai fait en Bretagne dans mon étude sur la commune de Plozévet, entre 1966 et 1968, comme dans celle sur la rumeur d’Orléans, en 1969, ou au moment de Mai 68. Comprendre le temps présent nécessite une approche pluridisciplinaire, et pas seulement sociologique.

« La vida es duda/ Y la fe sin la duda es solo muerte », « La vie est doute/ Et la foi sans le doute n’est que mort », dites-vous avec le poète espagnol Miguel de Unamuno (1864-1936). Vous faites l’éloge du doute et de l’incertitude. Pour quelles raisons ?

La pensée complexe reconnaît qu’elle ne peut être complète, et reconnaît donc l’inéluctabilité des incertitudes. Pour le doute, je suis un héritier de Montaigne. Mais j’ai aussi en moi une foi dans les possibilités humaines. Chez moi, foi et doute dialoguent sans discontinuer.

De quoi doutez-vous ? Et en quoi avez-vous foi ?

Je doute de toute assertion tant que je n’ai pas la preuve de sa véracité. Je doute de l’humanité tout en croyant en elle. J’ai foi dans l’amour et dans la fraternité.

N’est-ce pas l’amour qui constitue le trait le plus saillant de votre « Méthode », que vous avez rédigée entre 1977 et 2004 ?

La méthode part du constat que concorde et discorde sont père et mère de toutes choses, que dans le monde physique comme dans la vie et l’histoire humaine, il y a conflit entre les forces d’union et celles de destruction, entre Eros et Thanatos. Je prends parti pour Eros, c’est-à- dire l’amour. Cela dit, La Méthode est d’abord un chant d’amour à la connaissance et à la « reliance ». L’amour est le comble de la reliance, l’union complexe d’êtres à la fois semblables et différents.

En quoi le paradigme de la complexité, qui relie ordre et désordre, création et destruction, demeure-t-il opérant pour comprendre le présent ?

Alors que le paradigme régnant impose de séparer et simplifier, la relation ordre-désordre, destruction-création est un constat quand on considère le mode physique, biologique, humain. Elle oblige d’abandonner l’idée d’ordre-roi du déterminisme des sciences classiques et celle du hasard- roi qui s’est imposée en biologie. Les concepts les plus opérants dépendent de l’objet qu’on étudie.

Dans quelle mesure l’avancée des sciences contemporaines invalide-t-elle ou confirme-t-elle vos intuitions ?

La découverte du boson de Higgs comme la théorie des cordes confirme la complexité de l’Univers. L’intelligence artificielle est l’ultime création humaine jusqu’à présent qui confirme que nous pouvons être instrumentalisés par nos instruments. Cela a été l’une de mes questions essentielles : l’homme peut être manipulé par ses instruments de manipulation.

Dans quel registre l’homme peut-il être aujourd’hui manipulé par ses propres instruments de connaissance ?

Les outils faits pour manipuler les choses ou domestiquer la nature sont devenus aussi des armes pour tuer des humains et ravager la nature, ont créé la menace écologique sur la biosphère et l’humanité, tout comme la machine libératrice d’énergies humaines a permis aussi l’asservissement des ouvriers voués à des tâches monotones ou épuisantes. Quant aux idées, aux mythes, aux dieux, ils sont les produits de l’esprit humain, mais prennent alors une réalité et une force qui peuvent asservir ce même esprit. Nous obéissons aveuglément aux dieux et aux idéologies, comme s’il s’agissait d’entités supérieures et extérieures à nous. J’appelle « noologie » l’étude de cette sphère des idées et mythes issus de l’esprit humain, mais qui en deviennent paradoxalement les maîtres et les souverains. De même, nous sommes dépendants des instruments si utiles que sont l’automobile, l’ordinateur ou le smartphone, qui dépendent initialement de nous, nous en devenons addicts. Nous subissons embouteillages automobiles et embouteillages d’informations. Les moyens techniques sont ambivalents, tandis que les moyens de connaissance sont faillibles et risquent de nous conduire vers l’erreur ou l’illusion.

Pourquoi écrivez-vous, dans « La Méthode de La Méthode » (Actes Sud, 2024), que le « concept de science s’est brisé » ? Et comment avez-vous pris conscience qu’il fallait mesurer la rationalité de la folie, et le rôle majeur de la déraison dans la connaissance ?

Ma formule brutale s’éclaire dans le contexte de ma démonstration : je montre que s’il y a continuité, il y a aussi rupture entre la science classique et le meilleur de la science contemporaine. Comme tant d’autres, j’ai soutenu que la science classique fondée sur le seul déterminisme et la clôture disciplinaire est dépassée, et je pense qu’une science ouverte aux complexités et aux travaux transdisciplinaires est en développement, notamment à la suite d’Ilya Prigogine et d’Isabelle Stengers, qui, dans La Nouvelle Alliance [Gallimard, 1979], démontrent les interactions entre science et culture. Tous les problèmes globaux appellent la mobilisation de connaissances issues de multiples disciplines.

Comment percevez-vous l’évolution des rapports de genre depuis la révolution #MeToo ?

La relation masculin-féminin est biologiquement de sexe et culturellement de genre. La soumission du genre féminin au masculin était un héritage issu de la biologie. La révolution féministe qui, à mes yeux, est la plus importante de notre époque, a commencé avec les suffragettes anglaises, s’est amplifiée et est arrivée au mouvement #MeToo, c’est-à-dire à l’affirmation d’une émancipation sexuelle. On devrait arriver au stade où la femme est reconnue à la fois égale et différente de l’homme.

Que pensez-vous de la question trans ?

Je suis pour tout ce qui est « trans », c’est-à-dire ce qui relie. Mais si vous parlez précisément de la question du transgenre ou du transsexuel, je rappelle qu’il y a dans le masculin une part féminine atrophiée, y compris physiquement (seins), et dans le féminin une part masculine atrophiée, y compris physiquement (clitoris). Quand la part atrophiée se réveille, il y a désir de changer de sexe ou de porter pleinement les deux sexes en soi.

La question écologique semble avoir été éclipsée. Pour quelles raisons ?

Les guerres en cours, l’industrie des armements, la puissance des gros céréaliers de la FNSEA, le problème du pouvoir d’achat des populations, c’est tout cela qui occulte le problème écologique et inhibe les prises de conscience.

En 1972, vous avez écrit « L’An I de l’ère écologique ». Dans quelle ère sommes-nous entrés à présent ?

Je croyais alors au développement irrésistible de l’écologie. Nous sommes dans l’anthropocène, qui signifie que ce sont les activités humaines qui déterminent le sort de la planète.

Quelles sont les nouvelles humanités dont nous avons besoin ?

La culture scientifique est aveugle à la subjectivité, la culture humaniste ignore les acquis scientifiques qui éclairent la situation de l’homme dans la vie et dans le monde. Il faut relier les deux cultures dans les nouvelles humanités.

Que pensez-vous du « droit à mourir dans la dignité » et de la loi sur la fin de vie ?

Une personne qui souffre excessivement, qui est atteinte d’une maladie incurable, qui ne veut pas que sa vieillesse soit à la charge d’autrui a le droit de décider de sa propre mort.

L’entrée de Missak Manouchian et de son épouse Mélinée au Panthéon vous a-t-elle ému ?

D’autant plus qu’elle a réveillé en moi des souvenirs de l’époque de la Résistance ! Je me souviens d’avoir vu avec dégoût l’affiche rouge [affiche de propagande reproduisant, en 1944, les photos de résistants d’origine étrangère, en les assimilant à une « armée du crime »]. Je me souviens aussi de l’héroïsme de la MOI [Main-d’œuvre immigrée], qui, bien que communiste, commença à résister dès les débuts de l’occupation, alors que le Parti communiste n’entra en résistance qu’après l’attaque nazie contre l’URSS [le 22 juin 1941].

Quels souvenirs gardez-vous du 6 juin 1944 ?

Le matin du 6 juin, animation joyeuse dans le café où j’allais le matin : ils ont débarqué. Bonheur ! Puis angoisse toute la journée que le Débarquement ait été repoussé par les forces allemandes, jusqu’à ce qu’on apprenne par la radio anglaise la première percée.

Un sentiment de désespoir semble gagner une partie des contemporains, notamment en raison de la prégnance des guerres, de la catastrophe écologique en cours et de la crise de l’avenir. Partagez-vous ce constat et quelle en est la nature ?

Nous vivons un ensemble de crises historiques interconnectées. Malgré leurs délimitations géographiques, les guerres sont déjà internationalisées et risquent de se généraliser. De fait, l’avenir est incertain et les probabilités sont inquiétantes. Mais il est déjà arrivé dans l’histoire − et je l’ai vécu en décembre 1941 avec l’offensive libératrice de Moscou, l’entrée en guerre des Etats-Unis après Pearl Harbour, suivie, en 1942, de la bataille de Stalingrad et pendant mes années dans la Résistance − que l’improbable advienne.

L’espoir n’a pas bonne presse chez les philosophes. Pourquoi considérez-vous qu’il y a, malgré tout, des vertus à l’espoir et au maintien de ce « principe espérance » formulé dans les années 1950 par le philosophe Ernst Bloch ?

L’espoir peut survenir quand tout semble désespéré. Dans sa superbe pièce de théâtre La Tragédie de l’homme [1861], le Hongrois Imre Madach nous montre une terre du futur complètement glacée. Soudain, la femme du couple accouche, un enfant naît, les parents sourient, l’espoir revient. « Il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer », ainsi que le disait le prince Guillaume d’Orange. L’important est la lucidité et la vigilance. Tant que l’irrémédiable n’est pas certain, l’espoir est possible et encourage l’action.

Quels sont les signaux, les faits et gestes, les initiatives et les alternatives, ou les utopies que vous observez aujourd’hui et qui sont porteurs d’espoir ?

Tout ce qui comporte de la solidarité.

Vous avez 104 ans. Comment vieillir sans être vieux dans sa tête ?

Lorsque l’amour et la curiosité demeurent présents.

Que diriez-vous à des enfants qui découvriraient cet entretien dans vingt ans ?

Résistez. Allez dans le sens de vos aspirations, mais évitez les illusions !

Revoir la conférence: agir dans la complexité avec Miguel Benasayag, du colloque sur la Sécurité Sociale de l’Alimentation

Miguel Benasayag à la bourse du travail

Pour Benasayag, nous vivons dans des mondes « saturés » d’information, d’interdépendances et d’incertitudes, ce qui rend illusoire l’idée de maîtriser totalement les situations avant d’agir. Il propose une épistémologie « située » : connaître n’est pas dominer la situation de l’extérieur, mais produire un savoir ancré dans des corps, des milieux et des pratiques, indissociable de l’agir lui‑même.

Vidéo du séminaire sur l'alimentation

Limites du modèle technico‑gestionnaire

Il critique une rationalité fonctionnaliste qui prétend optimiser, gérer et contrôler le réel comme un système fermé, sans voir les effets anthropologiques et politiques de cette logique (fermeture d’écoles, d’hôpitaux, marginalisation du vivant et du commun). ​

Connaître, c’est déjà agir

Il insiste sur le fait que la connaissance n’est pas simple accumulation d’informations, mais production de « situations » par des corps engagés, ce qui implique que toute connaissance est déjà prise dans un certain agir. L’inflation d’informations non reliées à des pratiques concrètes conduit à l’inaction et à une forme d’impuissance sociale.

Principe de prudence et incertitude

Dans un monde complexe, on ne peut ni prévoir pleinement les conséquences, ni totaliser le système, d’où la nécessité d’un principe de prudence, non moralisant mais épistémologique : accepter les limites, observer les régulations et co‑évolutions, renoncer au fantasme de maîtrise totale.

Miguel Benasayag à la bourse du travail

​ Théorie de la situation et ancrage local

« Comprendre et agir dans la complexité » implique de partir des situations concrètes, de leurs multiples niveaux (corporel, social, technique, écologique), plutôt que d’appliquer des schémas abstraits. L’action pertinente n’est pas un grand plan global mais une multitude de pratiques situées, créatives, capables de tisser du commun et de la résistance dans les contextes singuliers. ​

Résister et créer dans un monde complexe

Benasayag défend une résistance qui ne se contente pas de dire « non », mais qui invente des formes de vie, des institutions, des pratiques de soin et d’entraide capables de faire exister d’autres rapports au vivant et au commun. Face au nihilisme d’un monde réduit au « fonctionnement » et aux logiques comptables, il valorise des expériences locales, des collectifs, des « laboratoires » où l’on expérimente d’autres manières d’habiter la complexité plutôt que de vouloir la simplifier.

Public de la bourse du travail

Tournage et montage : Franck Calis

Nos vies comptent: justice et vérité pour El Hacen Diarra!

Suite à l’assassinat de El Hacen Diarra, jeune travailleur sans-papiers de 35 ans, advenu au commissariat du 20ème arrondissement dans la nuit du 14 au 15 janvier, nous appelons à rejoindre la manifestation pour réclamer justice et vérité, l’arrêt des violences policières et l’égalité des droits pour toutes et tous, avec ou sans-papiers.

Départ Foyer des Mûriers Paris 20e (16, rue Fernand Léger, 75020 Paris) pour aller jusqu’au commissariat du 20e d’où viennent les policiers qui ont tué El Hacen.

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Rassemblement en hommage à El Hacen Diarra, tué au commissariat du 20ème arrondissement

"Les policiers l'ont tué" : colère au rassemblement en hommage à El Hacen Diarra, mort en garde à vue à Paris

Dimanche 18 janvier à 14h, le collectif des sans-papiers 75 et la Marche des Solidarités invitent à un rassemblement en hommage à El Hacen Diarra, face au Foyer des Muriers (16 rue Fernand Léger, 75020 Paris, métro Père Lachaise). El Hacen était un travailleur sans-papiers, et il était au bar quand il a été interpellé violament par la police, frappé et mené au commissariat du 20ème, où il a été tué.

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Article Lundi matin: ORGANISER LA RÉSISTANCE : L’AFFIRMATION

Réponse à QLF depuis Paris 8

paru dans lundimatin#454, le 2 décembre 2024

Source: https://lundi.am/Organiser-la-resistance-l-affirmation

Le mois dernier, nous publiions QLF : nouveau parti pris étudiant, une proposition stratégique pour réinvestir politiquement les universités à distance de la morosité et de l’ennui qui caractérisent les organisations « de gauche ». Au programme : banquets, feux d’artifices et chasses au trésor. S’ensuivit une réponse depuis la face de Tolbiac, c’est cette semaine au tour de Paris 8 de rejoindre le débat, en essayant cette fois d’analyser les conditions qui ont rendu possible la pacification des universités.

Quand on sort de l’université de Paris 8 à Saint-Denis, on tombe souvent, chaque étudiant pourra en témoigner, sur des distributions de flyer Uber Eats. A travers des codes promos, ces flyers promettent de nous ’’offrir’’ 10euros sur notre prochaine commande. Même si l’on est contre, à force, on finit parfois par en prendre un : on se dit que ça pourra toujours servir. En tant qu’étudiant difficile de cracher sur « 10 euros » écrit en gros sur un bout de papier.

C’est alors qu’on se demande : comment en est-on arrivé là ?! Comment, en sortant de l’héritière de mai 68 (l’université expérimentale de Vincennes, maintenant Paris 8), qui a accueilli les Foucault, Deleuze ou Guattari, on se retrouve à s’engouffrer dans une ligne treize bondée avec nos écouteurs Bluetooth sur les oreilles, le smartphone dans la main droite et le flyer Uber Eats dans la main gauche.

« Le caractère étranger de l’université apparaît nettement dans le fait que, dès qu’il n’existe pas de contrainte physique ou autre, l’université est fuie comme la peste »
Karl Marx – Manuscrit de 1844 (mais il faut remplacer université par travail)

Si dans les facs plus rien ne résonne [1]

[1] « En 2023, les murs des facs chargés de tags et…

, si l’université est un milieu avec lequel nous n’entretenons plus qu’un rapport instrumental, se plier aux règles et essayer d’avoir de bonnes notes, ce n’est évidemment pas le fruit du hasard mais bien plutôt la conséquence d’une bataille autrefois perdue. En tant qu’étudiants de Paris 8, base arrière délabrée par la défaite, et partant du constat des QLF selon qui la fac est morte, il nous paraissait important de commencer par proposer une généalogie, très ramassée, de la situation au sein des universités.
Mieux comprendre d’où nous sommes partis permettra de mieux capter les raisons de la déroute actuelle.

A partir de la grande dépression des années 30, et sans entrer dans les détails d’un siècle d’histoire marqué, entre autres, par deux guerres mondiales et l’apparition-disparition de l’URSS (rien que ça), le libéralisme se retrouve en crise : ses violences intrinsèques se font trop visibles, son laisser-faire provoque une crise de la gouvernabilité et sa légitimité finit par être remise en cause. Une mauvaise (bonne ?) nouvelle en accompagnant toujours une autre, dans le camp d’en face, les idées subversives trouvent un sol en occident où se penser et s’organiser : les universités.
D’une crise interne, le capitalisme passe à une crise d’hégémonie.

Face à la démocratisation des études supérieures, à la diffusion élargie du savoir et à l’influence d’un certain nombre de penseurs (Foucault, Marcuse, Deleuze, etc.), le système capitaliste se retrouve mis en concurrence avec un bloc solide théoriquement, qui promeut des idées émancipatrices plus instinctives que la loi du marché et qui, de surcroît, semble incorruptible :

« Ils ne s’intéressent pas beaucoup à l’argent mais sont très intéressés par le pouvoir. […] Le pouvoir de façonner notre civilisation – un pouvoir qui, dans un système capitaliste, doit être réservé au marché libre. »
Irving Kristol – Buisness and « The New Class »

Dans ce premier temps, les défenseurs du libéralisme se retrouvent impuissants face à cette « new class » [2]

[2] « En remontant aux commencements même du capitalisme,…

qui prétend elle aussi pouvoir participer à l’orientation de la société. Inquiet, le très libéral juge de la cour suprême Lewis Powell ira jusqu’à considérer que de cette bataille dépend « la survie même de ce que nous appelons le système de la libre entreprise ». Car Powell le sait : « les idées sont des armes ». Le problème c’est que de son bord peu ont l’ »appétit pour une confrontation pure et dure avec leurs critiques » car peu ont le « talent pour s’engager dans d’authentiques débats intellectuels et philosophiques » [3]

[3] Lewis Powell – Attack on American Free Entreprise…

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Malheureusement, la philosophie et les idées ne font pas tout et si les libéraux se trouvent bien maigres pour interpréter le monde, leurs moyens ne manquent pas pour le transformer [4]

[4] « Les philosophes n’ont fait qu’interpéter le monde de…

. Très vite, ils sélectionnent minutieusement les financements des universités dans lesquelles ils investissent, commencent à censurer dans leurs médias les opinions du camp d’en face et financent de nombreux Think tank pour préparer la contre-offensive. En parallèle, ils récupèrent dans un habile retournement une part de la critique gauchiste via l’émergence diabolique d’un « néolibéalisme éthique » et mettent en place à travers des procédés de micropolitique un projet politique impersonnel, jamais énoncé comme tel mais néanmoins terriblement expansif et structurant. Nous aurons l’occasion d’y revenir.

« Pour le pouvoir, la critique peut être une chance. Il faut savoir en tirer profit, comme de toute chose, du reste. Principe de valorisation de la critique. »
Grégoire Chamayou – La société ingouvernable

« Marx et Freud, par exemple, réduits à l’état de bouillie dogmatique pourront être mis dans le commerce sans aucun risque pour le système. »
Felix Guattari – La Révolution Moléculaire

Si à l’époque, semblait-il, on gagnait la bataille, aujourd’hui on a perdu la guerre. A coup de censure, de répression, de micropolitique et de sûrement pleins d’autres trucs, le libéralisme s’est muté en néolibéralisme transformant les universités en de « gigantesques circuits imprimés dans lesquels l’étudiant s’engouffre dès qu’il sort des transports ». Or, que fait-on quand on a perdu la guerre, que nos villages ont été pillés et incendiés ?
On reconstruit.
Tel est le nindô [5]

[5] Littéralement : ’’Voie du Ninja’’ dans Naruto Shippuden…

, s’il l’accepte, du militant aguerri : la résilience. C’est en tous cas la tâche que les QLF se sont donnés au sein des universités.

Empruntée au latin construere, proprement ’’entasser par couches’’, l’idée de construire (ici on parle de ’’reconstruire’’ mais la nuance est fine vue l’état des facs) impose donc de commencer par la première couche : re-fertiliser les champs, reconstruire les espaces, autrement dit faire du pré-politique [6]

[6] « Les QLF tentent de fédérer une communauté étudiante à…

. Opter pour la pré-politique, c’est commencer par reposer les conditions de possibilité et d’émergence d’une politique d’affirmation. Faute de mieux et faute d’espace pour la penser, la critique de la situation actuelle est aujourd’hui monopolisée par la négation et dépourvue de toute positivité. [7]

[7] « La critique de tout cela me semble aujourd’hui…

Ce n’est pas pour rien si les QLF se proposent, parmi leurs mots d’ordres, de ’’définir ce qu’ils ne veulent pas à partir de ce qu’ils veulent’’. C’est parce qu’ils désirent remettre l’affirmation au centre.
La positivité plus couramment appelée ’’à la place du capitalisme on pourrait…« n’est pas ’’placée’’ (en dehors du poussiéreux mot communisme qui malheureusement ne fait plus l’affaire [8]

[8] A ce titre les QLF ambitionnent de »faire le communisme…

), en premier lieu car elle n’a pas de place pour être pensée. La politique a été chassée des universités et c’est une illusion de s’imaginer qu’elle pourra ressurgir durablement à travers des tractages jargonneux ou des assemblées générales en période de mouvement social. QLF tente une nouvelle approche et aspire à ré-introduire la politique de façon plus stratégique et micropolitique, à la manière de nos ennemis. Loin de ’’dissoudre la politique’’ [9]

, cette tentative est tout à son honneur. Faire de la pré-politique c’est engager la reconstruction du politique, évincée de nos universités depuis la défaite de la fin du XXe siècle.

« Nous savions que nous étions en train de faire une révolution. À la fin des années soixante c’était dans l’air du temps. Il y avait d’énormes manifestations à Londres, et les Universités britanniques étaient occupées par leurs étudiants. En France, le gouvernement de Charles de Gaulle était ébranlé par une vague de grèves et de contestation, Mais la révolution que nous faisions à Saint Andrews était différente. Leurs dieux étaient Karl Marx, Che Guevara et Herbert Marcuse ; les nôtres étaient Friedrich Hayek, Karl Popper et Milton Friedman. […] Voilà tout, en fait, sauf que c’est nous qui avons gagné. »
Madsen Pirie

On l’a vu un peu plus haut, le néolibéralisme nous a vaincu à coup de kichta [10]

[10] Liasse billets en…

et de censure mais aussi en nous émoussant, nous et nos armes. Notamment à travers l’émergence d’un « néoliberalisme éthique » qui s’accommode à sa manière de l’aspiration postmoderne et soixantehuitarde d’une « parfaite souveraineté du soi sur soi » [11]

[11] Foucault – Histoire de la…

en instrumentalisant l’autonomie subjective, issue des pensées libertaires de ces années-là, pour appeler l’individu à se prendre soi-même en main. En bref, « deviens toi-même », tri tes déchets, pisse sous la douche et toutes ces conneries. Des conneries qui avaient toutefois la force de satisfaire le désir d’agir en évitant tout rapport antagonique au capitalisme. A cet égard, les QLF ambitionnent d’inscrire leur lutte, dans un premier temps au moins, dans le concret du quotidien et du territoire universitaire. Loin des micro-actions individuelles au profit de luttes trop abstraites comme l’écologie planétaire, les QLF se battent non pas pour se donner bonne conscience ou se dispenser de la mauvaise mais pour de réelles conditions de vie matérielles et immédiates (les CROUS sont trop chers ? On vole et on partage ! Les contrôleurs de la Ratp sont là ? On les dégage ! Quelqu’un est viré de son logement CROUS ? On bloque le CROUS !). QLF veut mobiliser une légitimité évidente, instinctive et partageable par tous et toutes au sein du ronron universitaire quotidien. C’est en partie par là que se reconstruit le sens du collectif et par extension celui du politique. De surcroît, il faut être inscrit dans un milieu déterminé pour pouvoir métaboliser. Autrement dit, pour retrouver la satisfaction politique de la transformation de soi et de son espace il faut faire sien individuellement autant que collectivement un espace donné et circonscrit. Pour les QLF ce sera l’enceinte de l’université. C’est d’abord à travers des luttes au sein même des lieux d’études que les QLF exorciseront l’imaginaire collectif de l’impuissance politique généralisée.

« Se battre pour un lieu précis, ce n’est pas la même chose que se battre pour une idée. » [12]

Après avoir dompté la ferveur critique des pensées émancipatrices en rangeant le politique du côté de l’éthique individuel, il incombait aux néolibéraux l’ultime tâche de faire rentrer tout un chacun dans le moule du monde du travail (à l’époque nous étions trop nombreux pour être, juste, marginalisés). Ainsi dans la continuité de ’’la parfaite souveraineté du soi sur soi’’ à laquelle aspire le sujet postmoderne, le néo-libéralisme propose à cette époque, inspiré par la cybernétique, une ré-organisation de la société en réseau « où la communication se fait d’un voisin à un voisin quelconque, où les tiges ou canaux ne préexistent pas, où les individus sont tous interchangeables, se définissent seulement par un état à tel moment » Deleuze et Guattari, Mille Plateaux. Dans la continuité de la pensée rhizomatique de Deleuze et Guattari, le capitalisme les prend de court pour en faire la doctrine d’une société constituée d’individus pensés comme des « particules élémentaires » contractant les unes avec les autres et qui ne connaissent d’autres lois que celles auxquelles elles consentent dans leurs rapports contractuels avec les autres monades. Une fois transposé au monde du travail on dit au revoir à monsieur Taylor et bonjour à monsieur Uber. On n’a plus à faire aux tic-tac tayloriens mais à la réaction en « temps réel » de signaux.

« Brandi par eux comme un emblème de la radicalité, le rhizome pourrait aujourd’hui servir de logo au capitalisme globalisé. »
Alain Supiot– La Gouvernance par les nombres

Loin de ce texte (même s’il peut en donner l’air) l’idée d’accuser les penseurs postmodernes d’avoir fourni au Capital ses armes les plus acérées ! Nous verrons par la suite comment certaines de leurs intuitions pourront nous servir pour penser la contre-attaque. Ensuite l’imbrication entre néolibéralisme et pensée postmoderne est ici présentée de manière très schématique et il est évident qu’un travail plus approfondi permettrait de mettre en lumière des différences. Enfin une chose est sûre, si le capitalisme a su se jouer des attaques qu’il subissait pour penser l’ubérisation et la marchandisation d’une subjectivité amplifiée et scopique, aucun de ces penseurs ne souhaitait aller dans ce sens. Cela étant dit, il nous paraissait important, à nous étudiants de Paris 8 2024, issus de cet héritage, d’interroger comment nous sommes passés, dans ce qui semble être presque un même mouvement, de Paris 8 à Uber Eats.
De plus, cette prétentieuse acrobatie permet de mettre en lumière une autre intuition des QLF : si le dernier vrai soulèvement étudiant en date, à savoir mai 68, était celui d’une jeunesse qui voulait faire exploser le sujet, insistant sur un ’’individu roi’’ libéré des mœurs et de toute hétéronomie, il est probable qu’à terme, les étudiants réclament une sorte de mai 68 inversé (nous disons mai 68 inversé aux vues de ce que mai 68 est devenu aujourd’hui). En clair, un retour à une communauté particulièrement soudée, une sorte d’éloge de la stase fasse aux flux incessants d’un néolibéralisme qui nous somme de nous « adapter ». C’est en tout cas ce besoin que peuvent parfois ressentir les étudient des QLF : celui de reformer des villages loin de la globalisation et de vivre à « contretemps » de la temporalité excessivement rapide du néolibéralisme. Cela afin de prendre du recul et de développer la capacité d’observer les faits à la distance critique nécessaire pour affirmer peut-être, des idées réellement nouvelles. A ce titre, les ronds-points étudiants espèrent répondre aux attentes sans pour autant tomber dans le culte de la marginalité.

« Bref tout est politique, mais tout est à la fois macropolitique et micropolitique. »
Deleuze et Guattari – Mille Plateaux

En 1988, Madsen Pirie cofondateur et actuel président de l’Adam Smith Institute, publie son ouvrage Micropolitics. Sans pour autant connaître l’existence du concept de micropolitique de Deleuze et Guattari, Madsen Pirie montre à quel point l’organisation de la société en particules individuelles peut-être profitable au néolibéralisme. Sous sa plume, le micropolitics devient une vraie ingénierie politique qui consiste en « l’art de générer des circonstances (…) dans lesquelles les gens prendront individuellement et volontairement des décisions dont l’effet cumulatif sera de faire advenir l’état de choses désiré ». Pour le dire autrement, Pirie en appelle à l’orientation des choix individuels qui, une fois mis bout à bout, mettront en place ’’l’état des choses désiré’’ à savoir la société néolibérale. Le micropolitcs part du principe que l’appréciation des effets individuellement profitables primera sur les causes, la grande question du choix de société se dissolvant dès lors dans les ’’minuscules questions d’une société de choix’’ [13]

[13] Grégoire Chamayou – La société…

 : « les choix sont-ils progressivement faits par les individus, et, au fil des mois et des années, ils produisent cumulativement la nouvelle réalité. Les révolutions les plus sûres sont celles que les gens font pour eux-mêmes au cours du temps (…) La plupart des succès de la micro-politique ont précédé l’acceptation générale des idées sur lesquelles elles se fondaient. Dans bien des cas, c’est le succès de ces politiques qui a conduit à la victoire de l’idée plutôt que l’inverse. » [14]

[14] Micropolitics – Madsen…

. La table était renversée et la bataille des idées éludée.

« L’idéologie réside bien plus dans la manière d’être des Hommes que dans ce qu’ils croient. »
Horkheimer –Raison et conservation de soi

Dans le néolibéralisme, le lieu d’intervention se déplace de la strate manifeste des comportements (intervention dans la pratique même) aux conditions de possibilités des comportements. Cette intervention a-priori s’est évidemment répercutée aussi dans la jeunesse et dans les universités. La notion de ’’circuit imprimé’’ donnée aux universités par les QLF prend tout son sens.

Ces procédés machiavéliques de micropolitiques interrogent aussi très bien l’aphorisme du Comité Invisible selon lequel : « un geste est révolutionnaire, non par son contenu propre mais par l’enchaînement des effets qu’il engendre ». Dans ce sens et dans la continuité de la tactique de Pirie, la pré-politique est révolutionnaire. Les QLF tentent de s’arracher de ce circuit imprimé afin de proposer à leur tour des conditions de possibilités alternatives de nos comportements au sein des facs : vols, fêtes, solidarité pirate, rigolades, le tout le plus possible à distance de l’Etat, de la marchandise et du smartphone. Hayek, fondateur du libéralisme, voulait « détrôner la politique », force est de constater que cela a plutôt bien fonctionné, même si cette bataille est toujours en cours. En période d’accalmie et pour sortir du mouvementisme nous devons travailler à la retrôner, notamment via les mêmes procédés qui ont servi à la dégager.

« Du point de vue de la micro-politique, une société se définit par ses lignes de fuite, qui sont moléculaires. Toujours quelque chose coule ou fuit, qui échappe aux organisations binaires, à l’appareil de résonance, à la machine de surcodage. »
Deleuze et Guattari – Mille Plateaux

« Je crois que l’inquiétude d’aujourd’hui concerne fondamentalement l’espace, sans doute beaucoup plus que le temps ; le temps n’apparaît probablement que comme l’un des jeux de distribution possibles entre les éléments qui se répartissent dans l’espace. » Foucault –Des espaces autres. Hétérotopies

Nous l’avons suggéré au début de ce texte : l’important est de produire des affirmations. La force du politique, là où se loge son universalisme, là où le politique devient un authentique moteur qui met en mouvement les corps, réside dans la positivité. Jamais dans la réaction, la négation ou la victimisation. Pour sortir de cet immobilisme et tenter de produire un nouveau dictionnaire de la politique d’émancipation, il est nécessaire de trouver des espaces pour expérimenter et penser ces affirmations. Cela doit être notre première bataille et notre première victoire. Victoire sans laquelle il se révélera impossible de produire quoi que ce soit. Sans condition de possibilité pas de possibilité. La priorité est à la construction de nouvelles formes et espaces de contre-cultures, celles de notre temps. Il s’agit de faire exister, dans la pensée et la praxis, la possibilité de lier un diagnostic critique de l’état de la société à des possibilités pratiques de lutter contre et de faire exister une autre réalité. C’est à cet endroit que l’affirmation émerge. La contre-culture se doit d’être à la fois dans et contre l’air du temps, « par delà tout purisme idéologique » [15]

et porter attention à ce qui marche en ce moment. La forme-rond-point des QLF n’en est qu’une esquisse, cela pourrait-être beaucoup plus fort, devenir une vague.

« Nous décidons d’en appeler à toutes celles et tous ceux qui sont prêts à défendre (…) cette énergie presque invisible, transformatrice de l’espace public, où chacun peut et doit faire état de sa capacité d’inaugurer. Nous proposons de produire des formes et des idées, des images et des textes, nous proposons de produire des rencontres brèves, graves ou festives dont l’apparente inconsistance dissimule la puissance souterraine et mobilisatrice. »
Marie José Mondzain – Confiscation des mots, des images et du temps : pour une autre radicalité

C’est cette énergie presque invisible mais salutaire que les QLF caressent. Une sorte de pré-politique qui commence par la réappropriation de l’espace. Dans Des espaces autres, Foucault propose le concept d’hétérotopie au sujet d’espace jugé à part dans le tissu urbain. Des espaces qui cristallisent une ’’contestation à la fois mythique et réelle de l’espace où nous vivons’’. Au vu de la définition qu’il en donne, nous pensons que les rond-point étudiants font partie de ces hétérotopies  :

  • Le rond-point étudiant juxtapose en ’’un seul lieu réel plusieurs espaces, plusieurs emplacements qui sont en eux-mêmes incompatibles’’. Le néolibéralisme dicte un ’’code de la route’’ [16][16] « Les fonctionnaires peuvent […] réguler le trafic… qui dans le ’’circuit-imprimé’’ universitaire impose l’itinéraire métro-couloir-classe. S’installer dans un couloir et en faire un rond-point c’est proposer un hors-piste au sein même du circuit.
  • « Les hétérotopies supposent toujours un système d’ouverture et de fermeture qui, à la fois, les isole et les rend pénétrables. En général, on n’accède pas à un emplacement hétérotopique comme dans un moulin. Ou bien on y est contraint (…) ou bien il faut se soumettre à des rites et à des purifications’’. Loin de contraindre qui que ce soit, participer au rond-point étudiant c’est accepter de prendre consciemment [17][17] Les rond-points QLF s’accompagnent toujours de… une crêpe au Nutella volé. C’est aussi accepter de rompre avec le rythme universitaire, d’assumer qu’on occupe le passage (souvent avec de la musique à haut décibel), en bref c’est se soumettre aux rites de la contre-culture.
  • Enfin, ’’les hétérotopies sont liées, le plus souvent, à des découpages du temps, c’est-à-dire qu’elles ouvrent sur ce qu’on pourrait appeler par pure symétrie des hétérochronies. L’hétérotopie se met à fonctionner à plein lorsque les hommes se trouvent dans une sorte de rupture absolue avec leur temps traditionnel’’. Loin du flux permanent d’information qu’un étudiant reçoit perpétuellement en pleine gueule et auquel il doit s’adapter et réagir (en cours, dans le métro, via les notifications du smartphone, etc.), le rond-point QLF propose une temporalité plus apaisée où les sollicitations incessantes sont suspendues. Prolongeant l’analyse de John Dewey pourqui l’évolution positive et collective de la société ne se fera que dans un respect de la tension entre stase et flux, nous pensons que les ronds-points étudiants peuvent être une ’’figure positive du retard’’ promouvant les habitudes, la notion de communauté locale et les relations vivantes de face à face. C’est dans ce genre d’hétérochronie qui laisse place à la réunion qu’émergeront les nouvelles idées, loin du piège qui laisse à penser que la dissémination subjective d’idées politiques sur les conversations digitales suffirait : ’’seul un échange intime et forcément d’une portée réduite peut donner lieu à des attachements profonds et vitaux’’ [18][18] John Dewey – The Public and its….

« Buissonnante, l’évolution ne suit par avance aucun telos, mais explore tout au contraire une multiplicité de directions, à la fois cohérentes, cumulatives et divergentes. Hétérogène, elle ne se départira jamais de l’hétérochronie des rythmes évolutifs, incompatible avec le rythme uniforme exigé par les cadences industrielles (…) . Imprévisible, son seul sens restera toujours de produire des « différences radicales », en contribuant à libérer les potentialités nouvelles que chaque nouveau venu apporte avec lui, et en prenant pour cela le risque de la confrontation collective. »
Barbara Stiegler – Il faut s’adapter : sur un nouvel impératif politique

En résumé, tout n’est pas encore perdu. D’un côté, le néolibéralisme continue d’avancer ses pions. Petit à petit, discrètement, à coup de micropolitique et d’algorithmes, il s’immisce toujours davantage dans nos existences et nos modes de vie. Si la partie est mal engagée, avancer ses pions c’est partir du principe que l’on est pas encore échec et mat. La bataille est encore en cours, à nous maintenant d’être à la hauteur de nos ambitions, ou plutôt de notre ennemi. Ce qui est paradoxal, c’est que cette grande ambition se matérialise aussi, voir surtout, dans l’insaisissable création d’une toile d’araignée de micropolitique.
Bien sûr, le rond-point n’est pas une fin en soi. Comme avec les Gilets jaunes, il devra s’accompagner d’autres choses. Mais le pari des QLF est que pour reconstituer des organisations étudiantes autonomes de masse, il faut commencer par fuir l’entre soi militant et la ’’radicalité abstraite’’ [19]

[19] « Il faut considérer le tact comme la vertu cardinale…

.
Il s’agit maintenant de relier la pensée, la parole et le geste, de trouver d’autres modes d’actions que les rond-points et le vol organisé, pour espérer un jour effleurer à nouveau l’hégémonie culturelle des pensées communistes [20]

[20] Il faudra notamment commencer par trouver un autre mot…

, comme ce fut le cas à une époque dans beaucoup de pays d’Europe. Organiser des concerts gratuits et des auto-réducs, généraliser la pratique du hack informatique et peut-être même (soyons fous) trouver un lifestyle, un style de musique, un langage propre à une contre-culture. Quoi qu’il en soit c’est dans la pratique que les meilleures idées referont surface.

Nous avons conscience que ce texte peut paraître relativement abstrait, à Paris 8 on a toujours été un peu perchés et dans les amphis on a beaucoup de temps alors on gratte… Sans apporter beaucoup de réponses concrètes, nous espérons néanmoins qu’il participera à l’effet d’émulation en cours quant à la question de l’état des universités à l’aube de 2025.
Tout reste à faire, alors le meilleur est devant nous.

« Ce qui donne le plus à penser est que nous ne pensons pas encore, toujours pas encore, bien que l’état du monde devienne constamment ce qui donne davantage à penser. » Heidegger – Qu’appelle t-on penser ?

[1] « En 2023, les murs des facs chargés de tags et d’inscriptions politiques ne peuvent rien y faire, à l’intérieur de celles-ci, plus rien ne résonne. » https://lundi.am/Une-MALA-et-ca-repart

[2] « En remontant aux commencements même du capitalisme, il y a toujours eu un petit groupe d’hommes et de femmes qui ont désapprouvé l’influence omniprésente du marché libre sur la civilisation dans laquelle nous vivons. On appelait ce groupe « les intellectuels » ce sont les ancêtres de notre « nouvelle classe » » Irving Kristol – Buisness and « The New Class »

[3] Lewis Powell – Attack on American Free Entreprise System

[4] « Les philosophes n’ont fait qu’interpéter le monde de diverses manières mais ce qui importe, c’est de le transformer » Karl Marx – 11e thèse sur Feurbach

[5] Littéralement : ’’Voie du Ninja’’ dans Naruto Shippuden Chapitre 103

[6] « Les QLF tentent de fédérer une communauté étudiante à partir d’un ensemble de pratiques que l’on définirait comme pré-politique : se réunir autour d’un banquet gratuit avec de la nourriture volée, défier l’administration pour brancher une machine à barbe papa, rencontrer des étudiants et étudiantes pendant une brésilienne ou un jeu de fléchettes… » https://lundi.am/QLF-nouveau-parti-pris-etudiant

[7] « La critique de tout cela me semble aujourd’hui difficile à raison de ce que sa critique donne le monopole à la négativité, c’est à dire à la critique. Au fond, une possible critique de ces phénomènes peut être construite, propagée, etc. mais elle est dépourvue de positivité » Alain Badiou dansLe Déclic

[8] A ce titre les QLF ambitionnent de »faire le communisme moins que le dire » https://lundi.am/Reponse-a-QLF-depuis-Tolbiac

[9https://lundi.am/QLF-nouveau-parti-pris-etudiant

[10] Liasse billets en argo

[11] Foucault – Histoire de la sexualité

[12https://lundi.am/QLF-nouveau-parti-pris-etudiant

[13] Grégoire Chamayou – La société ingouvernable

[14] Micropolitics – Madsen Pirie

[15https://lundi.am/QLF-nouveau-parti-pris-etudiant

[16] « Les fonctionnaires peuvent […] réguler le trafic sur les routes. […] Mais si, au lieu de définir les droits de tous les conducteurs, ils essaient de prescrire à chacun sa destination, de lui dire quand il doit partir, par quelle route il doit passer, et l’heure à laquelle il doit arriver […] [on] pense qu’ils peuvent diriger, non seulement le trafic sur les grandes routes, mais aussi toutes les occupations de tous les hommes » Lippmann – The Good Society
« Le mouvement est dicté par celui du flot et par les règles du code de la route. » La société industrielle et son avenir – Théodore Kaczynski

[17] Les rond-points QLF s’accompagnent toujours de nourriture gratuite et d’une banderole ’’c’est volé donc c’est gratuit’’ premier moyen de créer une forme de participation passive à la subversivité.

[18] John Dewey – The Public and its Problem

[19] « Il faut considérer le tact comme la vertu cardinale des révolutionnaires et non la radicalité abstraite. » – Comité invisible

[20] Il faudra notamment commencer par trouver un autre mot que celui-ci…

Article Lundi Matin : « QLF : nouveau parti pris étudiant »

« Nous pensons que c’est par ces méthodes pirates et ces lieux de rencontres qu’on pourra lutter sérieusement. »

paru dans lundimatin#449, le 29 octobre 2024

Depuis les années 50 et la démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur, les universités françaises sont connues pour être l’un des principaux vecteurs de politisation de la jeunesse. Mai 68, loi Devaquet, mouvement contre le CPE, la LRU, etc. la plupart des mobilisations les plus vives de ces dernières décennies ont démarré dans les couloirs gris de quelques facs. Si certains ont pu regretter ou fantasmer l’influence des savoirs dispensés par quelques professeurs gauchistes, qui a vécu un mouvement étudiant sait que c’est d’abord une certaine flexibilité subjective qui fait le terreau de ces mobilisations. L’étudiant, c’est cet être social interlope que l’on ne peut plus enfermer toute la journée dans une classe de lycée et qui peut se débrouiller pour travailler le moins possible, il a donc du temps. Évidemment, tout est fait pour qu’une telle disponibilité ne puisse plus s’actualiser dans quelque chose de subversif, le relatif chaos qui nimbait pendant des décennies les universités a doucement mais sûrement été mis en ordre par l’injonction à réussir et ses milles petits dispositifs de mise au pas. La misère en milieu étudiant n’étant pas une fatalité, des élèves fraîchement inscrits dans le supérieur nous ont transmis leur plan d’action : QLF. Ils proposent de prendre la sociabilité étudiante et son quotidien comme point de départ et de se constituer en force depuis-là. Comme ils comptent voir tous les campus renouer avec les moments les plus glorieux de leur histoire, ils ont décidé de rendre la proposition publique [1]

[1] En rédigeant ce chapeau, nous nous sommes souvenus….

« Payant comme une vue sur la mer, gratuit comme une vue sur Uranus. »
PNL, Uranus

Nous sommes plusieurs dizaines de milliers dans les universités franciliennes, mais nos campus sont de plus en plus vides. Nous devons combler ce vide, proposer quelque chose de nouveau dans nos vies étudiantes, reprendre en main nos quotidiens. Dans une France, où la vie est toujours plus chère et ennuyeuse, il est crucial d’agir. Actuellement quelles sont les tendances politiques qui proposent une organisation de nos avenirs ?

Du côté institutionnel, en Île-de-France, les élections des représentants des étudiants au sein des Crous ont placé trois listes en tête : l’Union Etudiante, l’UNEF, et la FAGE.

Les trois syndicats partagent tous des tendances sociales démocrates. Ils sont habitués à de longues discussions interminables avec l’administration, sans aucun rapport avec la vie directe des étudiants et étudiantes. On peut résumer leur action politique par ce slogan : ‘’Du progrès dans l’ordre’’. Cette logique n’amène qu’à un seul chemin : l’obéissance.

« Demander la victoire et n’avoir pas envie de se battre, je trouve que c’est mal élevé. »

Du côté radical, il existe des initiatives promouvant l’anticapitalisme. Quelle que soit la justesse de ces théories, les groupes s’en revendiquant s’enferment dans des dynamiques groupusculaires qui n’arrivent pas à faire machine avec l’extérieur. Auto-référencement, spécialisation du discours, carte d’identité politique demandée à l’entrée des AG… L’autonomie universitaire nous paraît nager à contre-courant. Au sein d’une époque à ce point désorientée, il nous semble impossible, avec ce genre de pratiques, de s’aligner avec le reste de l’université et de ses habitants. Ce sont des parallèles inspirantes mais les parallèles ne se croisent pas.

Du coté administratif, on peut parler d’une politique beaucoup plus gazeuse avec la promotion des BDE étudiants qui ne proposent que des vacances et des soirées hors de prix, dans un style propre aux futurs cadres de la société. Structure hiérarchique, sélection économique, et silence radio sur les aspirations des étudiants, les BDE ne sont que le reflet de notre société égoïste.

Nous faisons aussi face à l’architecture des facultés : les couloirs universitaires sont devenus de gigantesques circuits-imprimés dans lesquels l’étudiant s’engouffre dès qu’il sort des transports. Métro-couloir-salle de classe, salle de classe-couloir-cantine, cantine-salle de classe-couloir-métro… Toujours plus de mobilités, toujours moins de rencontres.

Voilà notre routine où chaque espace est ponctué avant et après d’une séance d’écran bleu. Le smartphone est venu substituer le manque d’espace vivant et de vie sociale au sein des facs, rendant par là même ce vide « acceptable ».

« Les vides ont un sens : ils disent haut et fort la gloire et la puissance de l’Etat qui les aménage. »

Cette ’’techno-gouvernementalité’’ de la vie est notre ennemi direct. Elle est le projet politique non déclaré et impersonnel le plus expansif et structurant de notre histoire. Son pouvoir est sans cesse plus prégnant sur nos existences, sur notre espace et sur notre temps.

Le smartphone comme agent provocateur de la séparation entre tous. Le téléphone a dématérialisé la relation humaine jusqu’à l’extrême, où les douleurs sont devenues de simples informations. Il nous a plongé dans des boucles d’addictions qui nous isolent. Face à cela, offrons la beauté de l’imprévu, du hasard, offrons le quotidien du militant qui est de ne pas avoir de quotidien. Opposons à l’espace lisse du smartphone, l’espace imprévisible du réel.

C’est à nous militants de recréer un espace, de l’imposer et à terme d’en faire ressentir le manque et le besoin.

« Un véritable engagement révolutionnaire commence par le grand débarras des tares de la routine, par le rejet de l’institutionnalisation, par le refus de la récupération dans les cadres de la protestation symbolique, par l’abandon des rituels et des comportements puristes de la marginalité. C’est le processus stratégique dans lequel on se place qui est déterminant : comment on s’oppose à la domination et, armés d’une juste cause, on participe à l’émancipation. »

L’idée première est de s’organiser dans les facs par-delà tout purisme idéologique, loin de l’ennui qui y règne et depuis l’infinie diversité des profils qui s’y croisent sans jamais se rencontrer. Il s’agit simplement de prendre parti pour le quotidien, de le prendre au sérieux et de le façonner selon nos besoins et nos ambitions. Ce mouvement qui part du quotidien nécessite un processus d’ouverture large qui s’adresse à tout le monde. La mission, c’est de provoquer les rencontres, d’organiser leurs répétitions et de s’assurer que tout ce qui en émane saura coopérer pour résister et s’opposer à ceux qui voudront l’empêcher.

« Ce que je suis, c’est où est-ce que j’engage mes forces, comment je me bats, et vers quel objectif. »

La tâche des QLF est d’abord de construire des espaces, de se les approprier par rapport à ce que l’on veut et de se poser comme premier objectif la sociabilité sur le campus. Montrons que la fac n’est pas un simple lieu d’étude et d’examen, mais un espace qui nous appartient, que l’on peut transformer selon nos volontés. Réapproprions-nous ces lieux à travers des horizons ouverts comme la gratuité, le vol, les bons plans, les soirées…

Les réseaux QLF définissent ce qu’ils ne veulent pas à partir de ce qu’ils veulent

Qu’attendons-nous du quotidien lorsqu’on est à la fac ? On veut des espaces à nous, festifs, sympathiques, gratuits, et libres. Il s’agit de s’extraire de la pression de l’emploi du temps, de fuir les couloirs déprimants et de trouver des solutions immédiates et pratiques à la vie chère.

« La contestation c’est lorsque que je dis que ça ne me convient pas, la résistance c’est lorsque que je fais en sorte que ce qui ne me convient pas ne puisse pas durer plus longtemps. »

La pratique politique des QLF se fait à partir de lieux. On peut parler d’une forme de délocalisation du rapport politique qui se base habituellement sur des rapports idéologiques et doctrinaires. Cette délocalisation, si nous voulons la mener à bien, nécessite aussi d’effectuer un travail sur nous-mêmes, de combattre l’entre soi, et de miser sur l’humilité, la responsabilité et la confiance.

« Une forme d’organisation simple, uni-dimensionnelle, est en réalité la moins « anonyme » de toutes : à chaque fois qu’elle prend l’initiative, elle est contrainte d’exhiber sa nature entière : elle est donc continuellement contrainte de choisir entre paralysie politique et aventurisme organisationnel. Ce qu’il faut en revanche, c’est une grande richesse, une large multiplicité de formes, d’expressions et d’actions. »

— Pose de table et récupération de lieu au sein des facs : banquet & installation de magasins gratuits.

— Diffusion des bons plans de chaque université : machine à distribuer sabotée, distribution de sandwichs, échanges de devoirs…

— Organisation de soirées étudiantes inter-facs, qui rassemblent la masse étudiante sans sélection économique. Une vraie ambiance discothèque avec un côté gratuit-thèque.

— Feux de joie et d’artifices à l’heure de l’apéro.

— Chasses aux trésors dans les supermarchés.

— Propagande sur les réseaux sociaux pour populariser les QLF, avec un certain sens du montage et de l’humour. Plus la communauté se développe, plus les QLF proposeront des tutos pour se faciliter la vie : tuto vol, tuto fraude, tuto numérique (crack de logiciel, Netflix, Spotify & match de foot en accès libre).

Évidemment, les possibilités d’actions ne sont pas parfaitement définies, (chaque fac aura à trouver sa propre originalité en s’appropriant les QLF) mais nous sommes sûrs que celles-ci se dessineront dans le feu de l’action, sans jamais séparer le dire et le faire.

« Sans application organisée, pas de plan d’épreuve, pas de vérification, pas de vérité. »

Nous pensons que c’est par ces méthodes pirates et ces lieux de rencontres qu’on pourra lutter sérieusement, en réussissant à connecter différentes universités entre elles à partir d’un projet commun, capable de généraliser des pratiques et d’être un véritable moteur dans les luttes nationales qui nous attendent.

« N’imaginez pas qu’il faille être triste pour être militant, même si la chose qu’on combat est abominable. C’est le lien du désir à la réalité qui possède une force révolutionnaire. »

https://www.instagram.com/reel/DBWn3bit7v4/embed/captioned/?cr=1&v=14&wp=540&rd=https%3A%2F%2Flundi.am&rp=%2FQLF-nouveau-parti-pris-etudiant#%7B%22ci%22%3A0%2C%22os%22%3A1964%2C%22ls%22%3A577%2C%22le%22%3A1906%7D

Les QLF naissent de l’intuition des gilets jaunes. Sur un rond-point on se rencontre et on décide quelle orientation prendre ensemble.

Les ronds-points étudiants ont été créés plusieurs fois depuis la rentrée universitaire 2024 et à chaque fois, ils ont fonctionné. Bon, peut-être aussi parce que des crêpes et des sandwichs gratuits ça ne se refuse pas et que ça change de l’ambiance des queues pour quémander un panier alimentaire.

Mais ça va au-delà, le mal être étudiant est tel que même les organismes de santé diagnostiquent « une épidémie de solitude dans la jeunesse ». Qui n’a pas autour de soi des amis en dépression ou des camarades d’amphi complétement seuls ? Toutes ces pensées noires + la hess qui règnent dans les universités imposaient de prendre politiquement la situation en main.

Les QLF tentent de fédérer une communauté étudiante à partir d’un ensemble de pratiques que l’on définirait comme pré-politique : se réunir autour d’un banquet gratuit avec de la nourriture volée, défier l’administration pour brancher une machine à barbe papa, rencontrer des étudiants et étudiantes pendant une brésilienne ou un jeu de fléchettes… Ces moments sont pré-politiques, ils forment un « NOUS », créent un sentiment d’appartenance, développent « un inconscient communal  [2]

[2] Si on veut pousser l’idée jusqu’au…

 ». Les ronds-points qu’on met en place permettent d’aimer un lieu, de se battre pour le faire exister, et de le défendre si l’occasion se présente. La pré-politique commence par une situation et un lieu : sa puissance est bien plus importante que la fidélité à une idée morte-vivante de la politique.

« Se battre pour un lieu précis, ce n’est pas la même chose que se battre pour une idée. »

Pour contrer l’argument du ‘’la pré-politique dissout la politique’’, les QLF répondent que la politique est une affaire d’intensification et nous sommes sûrs que les organes qui soutiennent aujourd’hui la vie collective quotidienne seront les plus à mêmes pour organiser les soulèvements du futur.

« Je refuse qu’on soit soumis, je sors le gala. »
PNL, 91’s

Echangeons via @quelafac sur insta et préparons l’extension de la gratuité étudiante.

Controffensive – Resistere qui e ora: 13 décembre, 10:00 – Palermo – Italia

Controffensive – Resistere qui e ora: 13 décembre, 10:00 – Palermo – Italia

Via Vittorio Emanuele, 463
Palermo

  • Miguel Benasayag
    FILOSOFO E PSICOANALISTA
  • Luca Casarini
    ATTIVISTA E CAPOMISSIONE MEDITERRANEA
  • Cristina Alga
    PRESIDENTE MARE MEMORIA VIVA ETS
  • Lina Issa
    MADRE E ARTISTA
  • Anna Staropoli
    SOCIOLOGA E DOCENTE FACOLTÀ TEOLOGICA
  • MODERA
    Martino Lo Cascio

RESISTERE QUI E ORA CONTR OFFENSIVE
organizzato da PerEsempio nottedoro in collaborazione con con il supporto di caritas
PLAZA I OPERA

Pontificia Facoltà Teologica di Sicilia “San Giovanni Evangelista”

A vos agendas: Mercredi 10 décembre, présentation du livre « N’être plus qu’un objet » organisé par Rencontres et débats Autrement.

Rencontres et débats Autrement vous invite à rencontrer Jean-Michel Besnier le mercredi 10 décembre à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage paru aux éditions Hermann : « N’être plus qu’un objet ».

Jean-Michel Besnier est philosophe, professeur émérite de l’université Paris-Sorbonne, spécialiste de la philosophie des techniques. Il a écrit entre autre:
Demain les posthumains : le futur a-t-il encore besoin de nous ? L’Homme simplifié : le syndrome de la touche étoile, Histoire des idées, Un cerveau très prometteur : conversation autour des neurosciences.

Le café de la mairie


Traiter l’humain comme un objet a souvent suscité réprobation et indignation. À juste titre, philosophes et humanistes y ont vu la marque de l’asservissement, de l’aliénation, de la réduction de l’individu à un numéro… Or les développements technologiques de ces dernières décennies dévoilent un phéno­mène surprenant. L’attirance pour les objets dits intelligents est devenue universelle et quasi vitale. Mais nous n’attendons pas seulement des chatbots qu’ils nous « parlent », des IA qu’elles « raisonnent » ou des algo­rithmes qu’ils « prennent des décisions ». Nous voulons leur ressembler, et nous nous laissons traiter comme des objets dans l’espoir d’acquérir leurs qualités : être toujours hypercon­nectés, réparables, améliorables, renouvelables, voire devenir immortels…

Retraçant l’histoire de nos relations ambivalentes avec les objets, ce livre analyse cet étrange désir de n’être plus qu’un objet, quitte à en finir avec la conscience, la finitude et la vie.

Le mercredi 10 décembre 2025 au Café de la Mairie,

8 Place Saint Sulpice. 19H00 à 21 H
(Métro Saint Sulpice ligne 4)

Salle à l’étage, chaque participant commandera au serveur une consommation à son arrivée.
Merci de vous inscrire sur le lien ci-dessus.

Au plaisir de vous revoir.

Christian


Vidéo

En attendant, revoir la présentation du livre la singularité du vivant, en présence de Jean-Michel Besnier

En replay: Giuseppe Longo et Jean Lassègue présentent leur ouvrage « L’empire numérique »

Pourquoi parler d’empire numérique ? Parce que les usages du numérique font désormais à ce point partie de notre environnement que nous n’avons plus le choix de les refuser, pour le meilleur mais aussi pour le pire.

Pourtant, nous savons encore peu de choses de la façon dont l’environnement numérique s’est progressivement imposé à nous parce que nous manquons du recul nécessaire. Ce livre a, de ce point de vue, une double ambition : clarifier le concept de numérique et lui redonner sa profondeur historique en utilisant trois notions, celle d’écriture, de calcul et de machine.

Contrairement à ce que l’on suppose habituellement, les données numériques n’existent pas dans la nature mais elles sont le fruit d’une synthèse culturelle hardie qui s’inscrit dans une tendance millénaire.

Aussi le lecteur sera-t-il peut-être surpris d’apprendre que le numérique entretient avec l’écriture alphabétique des liens profonds ou que le traitement numérique déstabilise des notions aussi capitales pour notre démocratie que celle de loi ou de souveraineté. Mais il apprendra aussi que mettre au jour les limites du concept de numérique permet de lui rendre pleinement justice et de devenir acteur des changements culturels qu’il induit.

Autour des auteurs

Jean Lassègue, philosophe, est directeur de recherche au CNRS (Centre Georg Simmel – EHESS). Il a notamment co-écrit aux Puf avec Antoine Garapon Justice digitale. (2018) et Le numérique contre le politique (2021).

Giuseppe Longo est mathématicien de la logique et épistémologue (DRE-CNRS, École normale supérieure de Paris). Il est l’auteur du Cauchemar de Prométhée. Les sciences et leurs limites (Puf, 2023). 

Replay : « Quelle cohabitation possible entre l’humain et l’IA ? » – Colloque AGSAS 2025

Quelle cohabitation possible entre l'humain et l'IA ?

Penser les liens à l’ère de «l’intelligence » artificielle, des algorithmes et des écrans.

Le prochaine séance du séminaire
 Penser et agir dans la complexité
aura lieu le mercredi 22 octobre au CICP – Paris 11ème arrondissement.
Si vous ne pouvez pas venir en présence
un lien Zoom sera communiqué 48 h avant la séance.

(Re)voir (Re)Écouter la présentation du livre « A l’école des compétences » organisé par Rencontres et débats Autrement.

Angélique de rey

Pour écouter ou ré-écouter la présentation du livre d’Angélique del Rey


Pour voir ou revoir la présentation du livre d’Angélique del Rey :


Le prochaine séance du séminaire
 Penser et agir dans la complexité
aura lieu le mercredi 22 octobre au CICP – Paris 11ème arrondissement.
Si vous ne pouvez pas venir en présence
un lien Zoom sera communiqué 48 h avant la séance.

🇫🇷 🇮🇹Bien vivre les conflits pour rester en santé / Vivere bene i conflitti per stare in salute

Congrès national Cpp

🇫🇷 Congrès national Cpp

« Comment vas-tu ? ». C’est souvent ainsi que nous commençons nos conversations, mais la réponse est presque toujours la même : « Tout va bien ». Une réponse qui sert surtout à couper court, pour ne pas avoir à approfondir la vérité.

Il peut arriver que nous ne nous sentions pas « bien » même si notre organisme ne présente aucun problème particulier. Cela s’explique par le fait que la santé n’est pas simplement l’absence de maladie, mais un état de bien-être physique, mental et social complet.

Le CPP dirigé par Daniele Novara propose un congrès national consacré à un grand défi : bien vivre les conflits pour mieux vivre, dans tous les sens du terme. Se sentir vraiment bien signifie apprendre à vivre les relations, même dans les moments difficiles.

Le rendez-vous est fixé au 8 novembre au Théâtre Politeama de Plaisance. Daniele Novara ouvrira les travaux par une réflexion fondamentale : « Bien vivre les conflits pour se sentir bien ». Des experts tels qu’Alberto Pellai, Miguel Benasayag, Silvia Vegetti Finzi, Sebastiano Zanolli et Diego Miscioscia interviendront. Une nouvelle étude sur les conflits familiaux sera également présentée : plus de 650 parents ont participé à une enquête sur le lien entre les difficultés éducatives et le manque de conflits.

Il est possible de s’inscrire soit en présentiel, soit en streaming.

LE PROGRAMME

10h00
Ouverture des travaux
« Où en étions-nous restés… », interventions vidéo sur la recherche consacrée au « manque conflictuel »

10h20
« Bien vivre les conflits pour rester en bonne santé »
Daniele Novara, pédagogue, directeur du CPP et auteur

11h00
« Comment le manque conflictuel chez les parents génère des blocages éducatifs »
Une recherche visant à établir les coordonnées d’une relation incontournable, avec Daniele Novara, Antonella Gorrino et Filippo Sani, formateurs CPP

11h30
Pause café
et séance de dédicaces avec les intervenants

11h50
« Santé et conflit. La représentation de soi à une époque privée de passions et de désir »
Miguel Benasayag, philosophe, psychanalyste et auteur, dialogue avec Filippo Sani, formateur CPP, sociologue et pédagogue.

12h30
« Soigner par l’éducation »
Voix, histoires, expériences avec lecture théâtrale et musique.

12h40
« Éduquer ou rechercher les troubles chez les enfants ? »
Silvia Vegetti Finzi, psychologue, pédagogue et autrice, dialogue avec Marta Versiglia, pédagogue et formatrice CPP

13h10 – 14h30
Pause déjeuner
et séance de dédicaces avec les intervenants
14h30
Reprise des travaux
14h40
« Une bonne gestion des conflits est synonyme de santé »
Voix, histoires, expériences avec lecture théâtrale et musique
14h50
« Conflits, émotions… et autres maux »
Alberto Pellai, psychothérapeute spécialisé dans le développement de l’enfant et auteur, s’entretient avec Lorella Boccalini, pédagogue et formatrice CPP.

15h20
« La prophétie de Franco Fornari »
Diego Miscioscia, psychologue, psychothérapeute et auteur, s’entretient avec Laura Beltrami, pédagogue et formatrice CPP.

15h40
« La santé dans les organisations passe par la gestion des conflits ».
Sebastiano Zanolli, manager et auteur, accompagné de Fabrizio Lertora, expert en processus organisationnels et collaboratifs, s’entretient avec Laura Petrini, conseillère et formatrice CPP.

16h20
Conclusions de la conférence avec Daniele Novara.

16h30
Clôture des travaux avec une expérience chorale collective.


🇮🇹 Convegno Nazionale Cpp

“Come stai?”. Spesso apriamo così le nostre conversazioni, ma quasi sempre la risposta è standard: “Tutto bene”. Una risposta che più che altro serve solo per tagliare corto, per non dover approfondire la verità.

Può capitare di non sentirci “bene” anche se il nostro organismo non ha particolari problemi. Accade perché la salute non è semplice assenza di malattia, ma uno stato di completo benessere fisico, mentale e sociale.

Il CPP diretto da Daniele Novara propone un convegno nazionale dedicato a una grande sfida: vivere bene i conflitti per vivere meglio, in tutti i sensi. Stare bene davvero significa imparare a vivere le relazioni, anche nei momenti difficili.

L’appuntamento è per l’8 novembre al Teatro Politeama di Piacenza. Daniele Novara aprirà i lavori con una riflessione fondativa: “Vivere bene i conflitti per stare bene”. Interverranno esperti come Alberto Pellai, Miguel Benasayag, Silvia Vegetti Finzi, Sebastiano Zanolli, Diego Miscioscia. Verrà presentata anche una nuova ricerca sul conflitto in ambito familiare: oltre 650 genitori coinvolti in un’indagine sul legame tra difficoltà educative e carenza conflittuale.

È possibile iscriversi sia in presenza sia in straming.

IL PROGRAMMA

10.00
Apertura dei lavori
“Dove eravamo rimasti…”, video interventi sulla ricerca dedicata alla “carenza conflittuale”

10.20
“Vivere bene i conflitti per stare in salute”
Daniele Novara, pedagogista, direttore CPP e autore

11.00
“Come la carenza conflittuale nei genitori genera inceppamenti educativi”
Una ricerca per stabilire le coordinate di un rapporto imprescindibile, con Daniele Novara insieme ad Antonella Gorrino e Filippo Sani, formatori CPP

11.30
Coffee Break
e firmacopie insieme ai relatori

11.50
“Salute e conflitto. La rappresentazione di sé in un’epoca privata delle passioni e del desiderio”
Miguel Benasayag, filosofo, psicanalista e autore, dialoga con Filippo Sani, formatore CPP, sociologo e pedagogista

12.30
“Curare con l’educazione”
Voci, storie, esperienze con lettura teatrale e musica

12.40
“Educare o cercare il disturbo nei bambini?”
Silvia Vegetti Finzi, psicologa, pedagogista e autrice, dialoga con Marta Versiglia, pedagogista e formatrice CPP

13.10 – 14.30
Pausa pranzo
e firmacopie insieme ai relatori

14.30
Ripresa dei lavori

14.40
“La buona gestione dei conflitti è salute”
Voci, storie, esperienze con lettura teatrale e musica

14.50
“Conflitti, emozioni… e altre magagne”

Alberto Pellai, psicoterapeuta dell’età evolutiva e autore, dialoga con Lorella Boccalini, pedagogista e formatrice CPP

15.20
“La profezia di Franco Fornari”
Diego Miscioscia, psicologo, psicoterapeuta e autore, dialoga con Laura Beltrami, pedagogista e formatrice CPP.

15.40
“La salute nelle organizzazioni viene dal saper gestire i conflitti”.
Sebastiano Zanolli, manager e autore, insieme a Fabrizio Lertora, esperto di processi organizzativi e collaborativi, dialogano con Laura Petrini, Counselor e formatrice CPP 

16.20
Conclusioni del convegno con Daniele Novara.

16.30
Chiusura lavori con esperienza corale collettiva

Rappel: (Re)voir (Re)Écouter la dernière séance du séminaire « Comprendre et agir dans la complexité » du 24 septembre 2025

Comprendre et agir dans la complexité - Séminaire 2024/2025
Ce séminaire réside dans le désir de construire un lieu de théorisation et de production de pratiques. On invite ainsi les participants à une « écoute active « . Autrement dit, il leur est proposé d’articuler le cours du séminaire avec leurs réalités et difficultés concrètes, que ce soit dans leur travail ou dans leurs liens sociaux.

Nous demandons, avant et pendant chaque séance, que celles et ceux intéressés par cette invitation nous fassent parvenir leurs éventuelles questions, demandes et propositions afin de nous permettre de développer un processus de travail collectif.

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Le prochaine séance du séminaire
 Penser et agir dans la complexité
aura lieu le mercredi 22 octobre au CICP – Paris 11ème arrondissement.
Si vous ne pouvez pas venir en présence
un lien Zoom sera communiqué 48 h avant la séance.



Recevoir les infos du collectif

Rappel: Reprise du séminaire « Comprendre et agir dans la complexité » : ce mercredi 24 septembre à 20 h 30 au CICP

Seminaire du collectif
CICP

Voir plan d’accès en bas de la page.

Si vous ne pouvez pas venir en présence, il est possible de vous connecter avec le lien Zoom ci-dessous :

https://us02web.zoom.us/j/88561982440?pwd=yQe4OAeFW7Qj6huuA268gxrZqlvkVE.1

ID de réunion: 885 6198 2440
Code secret: 465833
Zoom réunion

Axes de travail 2025/26

Comprendre et agir dans la complexité : vers une théorie de la situation

Présentation

Ce que l’on nomme aujourd’hui la « crise de l’Occident » correspond à l’éclatement du dispositif binaire qui opposait l’homme-sujet cartésien, maître et possesseur de la nature, à un monde-objet. L’effondrement de cette cosmovision et de son axe central – le « sens de l’histoire », qui orientait nos actes vers un futur-promesse – nous confronte désormais à une dispersion radicale. Là où la modernité percevait des processus convergents, lisibles et maîtrisables par la rationalité, nous ne rencontrons plus qu’une multiplicité de parties déliées, sans tout.

Face à cette déliaison, se multiplient les prétendants à l’instauration d’un nouvel ordre social : technocrates de la Silicon Valley, fondamentalismes identitaires ou religieux, tribus postmodernes, et jusqu’à l’individu lui-même, héritier d’un individualisme désormais vidé du sens que la modernité lui conférait. Tout se passe comme si nous étions condamnés à choisir entre un nihilisme individualiste et une nouvelle métaphysique de la promesse.

Objectifs

Dans ce contexte, l’objectif de ce séminaire peut se résumer ainsi : chercher une nouvelle « terre ferme » permettant de structurer un agir et donc une réalité qui échappe à ces deux impasses. Ce point d’ancrage, ce « lieu où atterrir », il faut, selon nous, le chercher dans une pensée de la situation capable d’éviter à la fois l’abstraction de l’universel abstrait et le relativisme réducteur.

Nous tenterons donc d’esquisser les contours de ce que l’on appelle aujourd’hui une situation. Car, étonnamment, ce concept demeure privé d’une véritable théorie qui en établisse les fondements en tant qu’unité unifiante. Pour reprendre une formule de saint Augustin : si chacun saisit intuitivement ce qu’est une situation, cette évidence se dérobe dès lors qu’on en interroge l’être même.

Retrouvez sur le site du collectif, les dates de séminaires, ainsi que les vidéos et audios des précédentes séances.

Emplacement


La station de métro Rue des Boulets est située sur la Ligne 9 du métro de Paris.

Elle est desservie en correspondance par le bus 56.

🇫🇷 🇪🇸 Il n’y a pas d’autre terre. No hay otra tierra..

Il n'y a pas d'autre terre. No hay otra tierra

🇫🇷 Pour CHAM | Cahiers de crise
Revue de culture et de pensée critique

Il n’y a pas d’autre terre. No other land.


🇪🇸 puroCHAMUYO | CuadernosDeCrisis
Revista de Cultura y Pensamiento Critico

No hay otra tierra. No other land.

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Nueva edición de www.purochamuyo.com

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Gesto de aguantar con relleno sólido

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Rêves et témoignages. Politique de l’inconscient et discours juridique »

Rêves et témoignages. Politique de l’inconscient et discours juridique »

Le Centre Primo Levi et l’Association Franco Argentine de Psychiatrie et Santé Mentale vous invitent à la présentation du livre « Rêves et témoignages. Politique de l’inconscient et discours juridique » de Fabiana Rousseaux.

le 16 octobre 2025
19h30-21h30

Amphithéâtre Morel
Centre Hospitalier Sainte-Anne
GHU Paris Psychiatre Neurosciences
1 rue Cabanis 75014 PARIS

Invitées
• Fabiana Rousseaux, psychanalyste argentine, autrice de l’ouvrage, fondatrice et ex-directrice du Centre d’assistance aux victimes de violations des droits de l’homme « Dr. Fernando Ulloa » ;
• Me Sophie Thonon, avocate au barreau de Paris, auprès des familles des français disparus en Argentine et au Chili ;
• Isis Castañeda Capriroli, psychologue clinicienne psychanalyste, enseignante à l’Université d’Aix-Marseille (LPCP).

Discutants
Armando Cote, psychologue clinicien, psychanalyste, au Centre Primo Levi, enseignant au Collège Clinique EPFCL ;
Lucia Bley, psychologue clinicienne, psychanalyste, au Centre Primo Levi.

Comment témoigner après un événement traumatique ? Les processus judiciaires peuvent-ils aider le travail de mémoire? Quelles implications cela peut-il avoir pour le sujet de l’inconscient ? Nous aborderons ces questions à partir de l’ouvrage de Fabiana Rousseaux, où elle questionne le statut juridique des rêves dans les procès de crimes contre l’humanité, à partir de trois cas en Argentine.

Entrée gratuite, places limitées.
Inscription par mail : revestemoignages@gmail.com

Rappel: Demain mercredi 1 octobre, présentation du livre « A l’école des compétences » organisé par Rencontres et débats Autrement.

Rencontre et débat autrement

Rencontres et débats Autrement vous invite à rencontrer Angélique del Rey à l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage paru aux éditions de la découverte en POCHE : « A l’école des compétences ».

Agrégée de philosophie, Angélique del Rey enseigne aux futurs professeurs des écoles à l’INSPE de Créteil. Elle est l’auteure, avec Miguel Benasayag, de Plus jamais seuls. Le phénomène du téléphone portable (Bayard, 2006) et Éloge du conflit (La Découverte, 2007). Elle a également collaboré, avec des membres du Réseau Éducation sans frontières, à l’écriture de La Chasse aux enfants (La Découverte, 2008).

Le café de la mairie


Professeure de philosophie, elle a été confrontée comme nombre d’enseignants à une forte incitation émanant de l’Éducation nationale : celle d’évaluer systématiquement les  » compétences acquises  » par les élèves, sur des critères préétablis. Frappée par l’utilitarisme de cette méthode, elle a voulu en savoir plus sur son origine.

À sa grande surprise, elle a découvert l’omniprésence de l' » approche par compétences  » dans l’éducation : depuis les années 1980, celle-ci est de plus en plus utilisée, dans les pays du Nord comme du Sud, de la maternelle à l’université, pour l’évaluation personnelle des élèves comme pour celle des systèmes éducatifs nationaux. Ce qui l’a amenée à explorer un univers méconnu : celui du  » marché des compétences « , fondé sur la théorie du  » capital humain « , promue par des institutions internationales comme l’OCDE et l’Unesco.

Dans son livre, elle plaide pour qu’enseignants et parents encouragent, par leur éducation, les jeunes à « suivre leur chemin », quitte à les mettre en conflit avec les principes utilitaristes qui prévalent.

Angélique de rey

Le mercredi 1 octobre 2025 au Café de la Mairie,

8 Place Saint Sulpice. 19H00 à 21 H

Salle à l’étage, Chaque participant commandera au serveur une consommation à son arrivée.
Merci de vous inscrire sur le lien ci-dessus.

Au plaisir de vous revoir.

Christian

🇫🇷 🇪🇸 A découvrir: le site « purochamuyo.com »: Revue de culture et de pensée critique

🇫🇷 Pour CHAM | Cahiers de crise
Revue de culture et de pensée critique

10e année d’édition

Est-ce les dépenses, la fuite, la dette ?

Les finances et l’usure, encore une fois, font la fête.

50 ans d’asservissement à la dette et un nouvel ajustement féroce de l’économie argentine.

Ce qu’il faut savoir, avec des données spéciales du FMI, de la BM et de la Banque centrale.

Des données, pas des balivernes.

Nouvelle édition de www.purochamuyo.com

Lisez et partagez le journalisme et la culture autogérée


🇪🇸 puroCHAMUYO | CuadernosDeCrisis
Revista de Cultura y Pensamiento Critico

10º año de edición 

¿Es el gasto, es la fuga, es la deuda?

Finanzas y usura, otra vez, de fiesta.

50 años de sometimiento con la deuda y un nuevo ajuste feroz en la economía Argentina.

Lo que hay que saber, con datos especiales del FMI, el BM y el Banco Central.

Datos, no chamuyo.

Nueva edición de www.purochamuyo.com

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(Re)voir (Re)Écouter la rencontre du 18 juin avec Miguel Benasayag et Bastien Cany à propos de leur ouvrage  » Contre-Offensive » – Rencontres et Débats Autrement

Reprise des Rencontres
et Débats Autrement avec une pensée
pour Brigitte Pätzold
qui devait présenter
l’ouvrage Contre-Offensive.

On n’a jamais autant eu raison de se révolter !

Alors que rien ne semble aujourd’hui pouvoir arrêter les forces de destruction du vivant, des écosystèmes et de la culture, la résistance ne doit pas se poser comme une question simplement théorique. Or, si un nombre croissant de nos contemporains ressentent l’urgence d’agir, on ne peut plus penser l’engagement sur les bases d’un paradigme moderne qui identifie l’émancipation à la prise du pouvoir.


Dans le monde complexe qui est le nôtre, les luttes sont désormais confrontées à la nécessité de dépasser le mode d’agir linéaire et binaire qui a façonné l’Occident et son entreprise de domination. Au plus près des défis que pose notre époque, Miguel Benasayag et Bastien Cany nous invitent à explorer les pratiques issues de la mouvance décoloniale.

En s’appuyant sur les expériences de la lutte propres aux sociétés colonisées (mouvements d’occupation des terres en Amérique latine, assembléisme argentin, révolte indienne du Chiapas), ils tentent de constituer, sans chercher à fournir des modèles ou des recettes prêtes à l’emploi, un vadémécum pour la résistance.

Vidéo de la rencontre

Audio de la rencontre

Reprise du séminaire
 Penser et agir dans la complexité

après les vacances au CICP – Paris 11ème arrondissement.

En attendant vous pouvez retrouver les anciens séminaires

en suivant ce lien: Séminaires