« Penser et agir dans la complexité » : reprise du séminaire le mercredi 18 septembre

Le séminaire « Penser et agir dans la complexité » reprendra le mercredi 18 septembre à 20 h 30.

Rendez-vous au CICP, 21 ter rue Voltaire – 75011 Paris / salle L’internationale.
Vous pouvez d’ores et déjà noter les dates des prochaines séances : 16 octobre – 20 novembre – 11 décembre. 

Axes de travail 2019/2020

Dans le cadre de la continuation du séminaire « Penser et agir dans la complexité », nous vous proposons d’engager une nouvelle année de travail axée sur ce qu’on pourrait appeler un parcours phénoménologique.

Nous souhaitons comprendre de façon théorique et pratique sous quelles conditions et sous quelles formes commencent à émerger aujourd’hui de nouveaux modes d’agir, de compréhension et de connaissance situationnels. Pour ce faire, nous interrogerons l’actualité de la phénoménologie dans un forçage qui la décentre de la primauté donnée à la conscience pour mettre à sa place le vivant et les corps. 

Pendant plusieurs siècles, l’Occident s’est construit derrière le rêve (devenu cauchemar) d’une rationalité totale, capable de congédier définitivement les pulsions, contrôler les affects, bref de domestiquer les corps. Alors que cette rationalité est depuis un siècle (1900) mise en échec, les humains s’apprêtent aujourd’hui à déléguer la fonction raisonnante à l’hyper rationalité des machines calculantes (IA).

Notre défi, notre urgence consiste donc dans la possibilité de participer à la production d’une rationalité complexe qui sache cohabiter avec son autre, les passions, les affects. Si nous ne sommes pas capables d’une telle tâche, le danger sera celui de tomber dans des obscurantismes irrationnels divers ou de nous condamner à obéir à la « rationalité » calculante des machines qui nous poussent à fonctionner en abandonnant toute velléité d’exister. 

Si nous mettons au cœur de notre travail la question fondamentale du corps comme condition de l’agir, nous n’oublions pas que les progrès considérables de la technique ont produit l’illusion d’un « trop de savoir » sur les corps dérivant aujourd’hui vers une métaphysique quasi-religieuse qui s’ignore. Or dans notre perspective, la centralité de la réflexion sur les corps doit plutôt se structurer autour d’une connaissance qui n’évite pas, en suivant en cela Spinoza, le « non-savoir » sur les corps (« Nul ne sait ce que peut le corps »). 

Nous interrogerons notamment sur le rôle de l’imaginaire, de l’intuition ainsi que du sacrificiel et du sacré dans nos cultures qui semblent aujourd’hui s’orienter vers un nouvel animisme. 

Ce séminaire réside dans le désir de construire un lieu de théorisation et de production de pratiques. On invite ainsi les participants à une « écoute active ". Autrement dit, il leur est proposé d’articuler le cours du séminaire avec leurs réalités et difficultés concrètes, que ce soit dans leur travail ou dans leurs liens sociaux.

Nous demandons, avant et pendant chaque séance, que celles et ceux intéressés par cette invitation nous fassent parvenir leurs éventuelles questions, demandes et propositions afin de nous permettre de développer un processus de travail collectif.

Tribune : Une école « tout numérique » sans les enseignants ?

Les professeurs, principaux spécialistes des questions pédagogiques, n’ont jamais été consultés sur le développement du numérique à «l’école de la confiance» : les grandes multinationales plus fiables que l’Education nationale ?

Signataires :

Séverine Angebault-Rousset professeure d’histoire-géographie
(Seine-Saint-Denis), Philippe Bost professeur de SES (Seine-et-Marne), Johane
Bouthiaux professeure d’anglais (Doubs), Angélique del Rey professeure de
philosophie (Seine-et-Marne) et auteure, Georges Gastaud professeur de
philosophie retraité CPGE, auteur, Lens (Pas-de-Calais), C atherine Lavalaye
professeure SVT (Paris), Elisabeth Leméteil professeure de philosophie
(Meurthe-et-Moselle), Carine Mercier professeure de philosophie (Moselle),
Nicolas Maillard professeur de mathématiques en CPGE (Meurthe-et-Moselle),
Sylvie Puech professeure de philosophie (Yvelines), Véronique Piron professeure
de lettres classiques (Val-de-Marne), Bénédicte Ritt professeure de SVT
(Meurthe-et-Moselle), Collectif Ecran total (Collectif pour un usage raisonné
et responsable du numérique dans l’éducation). Avec le soutien de Philippe
Bihouix et Karine Mauvilly auteurs de le Désastre de l’école numérique, Seuil,
2016.

Tribune publiée par Libération le 18 juin 2019, pour lire l’article sur le site du journal, cliquez ici.

Depuis le premier «Forum français des enseignants innovants» organisé en 2008 sous l’égide de Microsoft, jusqu’au «numérique au service de l’école de la confiance» de M. Blanquer (prévoyant l’accélération de la vente de numérique à l’école), en passant par le «plan numérique pour l’école» (un collégien/un écran), adossé au partenariat ministère de l’Education nationale/Microsoft France (2013), le développement dans toutes les écoles «d’espaces numériques de travail» par l’ancien «délégué au numérique éducatif» du ministère, aujourd’hui parti chez Amazon, sans oublier l’actuel «lycée 4.0» (chaque élève en classe devant un écran, et suppression programmée des manuels papiers au profit des manuels numériques dans les lycées de la région Grand Est), l’école numérique a toujours été, et reste, une école sous influence des intérêts privés. Il est certes difficile de chiffrer les dépenses exactes de l’école numérique (en tableaux, tablettes, ordinateurs, logiciels, formations, ainsi qu’en électricité), quelques milliards d’euros peut-être… Quoi qu’il en soit, alors que nos dirigeants nous assènent qu’il n’y a plus d’argent et que le démantèlement des services publics est une fatalité, une telle urgence à dépenser l’argent du contribuable semble quelque peu irrationnelle : le développement de l’école numérique a-t-il vraiment pour objectif de favoriser l’épanouissement de l’individu libre et critique ou le développement d’institutions concurrentes de l’Education nationale – au détriment du service public d’éducation ?

Dans tous les cas, les principaux experts des questions pédagogiques, les enseignants, n’ont jamais été consultés sur l’utilité du numérique à l’école. Au contraire, on les a abreuvés de discours au message unique : le numérique est la panacée, La solution aux problèmes de l’école, et si celle-ci peine encore à faire réussir les élèves, c’est principalement à cause des «murs» que les enseignants, personnages peu connectés et d’un autre siècle, s’obstinent à ériger autour des élèves. Quant à ceux qui osent faire entendre une voix différente – ou pire encore, dénoncer ce bourrage de crâne injustifié -, ce sont évidemment des profs archaïques, nostalgiques et dépassés, les mêmes qui jadis protestaient devant l’introduction du stylo-bille à l’école. Argument massue pour empêcher une discussion argumentée : invoquer une querelle toujours rejouée des anciens et des modernes.

Or les enseignants ont des raisons pour ne pas voir que des vertus à cette invasion de l’école par le numérique. Sans parler des nombreux dysfonctionnements auxquels expose l’utilisation des écrans en cours (problèmes de connexion, tablettes ou ordinateurs déchargés, logiciels incompatibles ou versions différentes…), s’il s’agit de parler du principe, à savoir de l’intérêt pédagogique du numérique éducatif, sachez que si l’élève est souvent «fasciné» par l’écran, cela ne signifie ni qu’il est plus motivé pour apprendre ni qu’il apprend mieux de cette façon ! Ce n’est que lorsque le travail sur écran est repris dans un travail réel avec la classe qu’il est efficace. En revanche, l’élève derrière son écran peut plus facilement échapper à la vigilance de l’enseignant et faire autre chose que ce qui lui est demandé (jouer en ligne, regarder des vidéos, échanger des SMS, envoyer des photos…). A l’heure où le ministère prend acte de la force de distraction massive que représente la présence du téléphone portable auprès des élèves et décide de l’interdire dans tous les collèges, introduire l’ordinateur connecté en cours dans les lycées relève de la schizophrénie. Par ailleurs, à l’heure où l’on ambitionne d’enseigner lecture et écriture grâce à l’intelligence artificielle, nul besoin d’être savant pour constater que ce qui est écrit par la main et manipulé se retient mieux que ce qui est tapé mécaniquement et uniformément (des chercheurs ont d’ailleurs démontré cette supériorité de l’écriture manuscrite dans le processus d’apprentissage) (1).C’est pourquoi aussi, lorsque les élèves étudient un texte, ils ont besoin de se l’approprier en entourant et soulignant avec des crayons de plusieurs couleurs. Manuels et cahiers de papier fournissent de ce point de vue des repères visuels et manipulables indispensables. Sans oublier que l’introduction du cahier de texte numérique, obligeant les enseignants à s’isoler quotidiennement devant leurs écrans, décharge les élèves de la tâche de noter eux-mêmes les devoirs à faire – et donc, de s’en souvenir… Entendons-nous bien : les enseignants ne rejettent pas en bloc le numérique à l’école : la majorité d’entre eux, au contraire, l’utilise avec profit et le développe comme un instrument utile. Mais précisément, comme un instrument, et non comme un dispositif total. Ils voient en lui des potentialités pédagogiques, pas un pouvoir magique de régler à lui seul tous les problèmes de l’école !

Or le numérique éducatif, loin de ne faire qu’ajouter des possibles à l’école, fait table rase de pratiques ayant fait leurs preuves depuis de longues années, sans aucun recul, ni sur l’utilité de cette «révolution» ni sur les éventuelles nuisances du tout numérique à l’école – d’un point de vue pédagogique, mais encore sanitaire et bien évidemment écologique ! De fait, les enquêtes et études scientifiques (2) montrent que les élèves qui ont trop accès aux écrans dans le cadre scolaire réussissent moins bien que les autres. Par ailleurs, l’école numérique multiplie un temps d’écran déjà chronophage dans la journée (et la nuit !) de l’enfant et du jeune. L’exposition à la lumière bleue des écrans a un impact grave sur la vision ; elle réduit le temps de sommeil, altérant sa qualité. Des études récentes montrent une corrélation entre temps d’écran et mal-être, stress, dépression. Sans oublier que l’école numérique peut être un facteur de plus vers l’addiction : l’Académie américaine de pédiatrie ne recommandait-elle pas en 2013 de limiter le temps d’écran des 6-18 ans à deux heures par jour ? Ce n’est pas pour rien que les ingénieurs des grandes entreprises de la Silicon Valley envoient leurs enfants dans des écoles où ils peuvent développer leurs dons artistiques, faire du sport, être en relation avec la nature et les animaux, et d’où les écrans sont totalement bannis… Pourquoi ne pas prendre modèle sur ce type d’éducation que les élites donnent à leurs enfants ? Pourquoi ne pas multiplier les ateliers théâtre comme dans le collège de M. Macron ? Pourquoi pas des violons et des guitares plutôt que des tablettes (produites dans des conditions économiques, sociales et sanitaires proches de l’esclavage, sans parler du désastre écologique induit) ? Alors que les cas de phobie scolaire se multiplient, ne vaut-il pas mieux rassurer les élèves avec des classes à petits effectifs, plutôt que les atteler une fois de plus aux écrans… dans des classes surchargées ?

Autant d’obstination de la part des hauts technocrates du ministère de l’Education nationale (et désormais des conseils régionaux) à imposer le «tout-numérique» à l’école malgré le constat largement établi de l’échec pédagogique de ce modèle (dont le rétropédalage dans certains cas est une preuve de plus) implique, c’est certain, qu’ils ont abdiqué face aux Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft). Mais cela a aussi pour conséquence de rogner l’un des fondements essentiels de leur pratique depuis la IIIe République : la liberté pédagogique. Il est donc plus qu’urgent que le monde enseignant soit consulté sur les effets de l’introduction du numérique à l’école avant toute nouvelle décision imposée dans ce domaine. Les mots ont un sens : l’«école de la confiance» doit précisément faire confiance aux enseignants, à leur point de vue et à leurs innovations pédagogiques, avec ou sans le numérique.

« Fonctionner ou exister ? » : rencontre le 18 janvier

Rencontres et Débats Autrement vous invitent à dialoguer avec Miguel Benasayag à l’occasion de la sortie de son dernier livre « Fonctionner ou exister ? » :

Vendredi 18 janvier 2019, 19H45

Café de la Mairie, 8, Place St Sulpice, Paris 6e, métro : St Sulpice, Saint-Germain.
Salle au 1er étage.

Les places étant limitées, l’inscription est obligatoire ainsi qu’une consommation sur place.

Réservez ici: http://rencontres-et-debats-autrement.org/index.php?page=contact-inscription

Séminaire « Penser et agir dans la complexité » : les rendez-vous de 2019

Le séminaire mensuel « Penser et agir dans la complexité » reprendra dès janvier 2019. Les séances du premier semestre auront lieu aux dates suivante :

Mercredi 16 janvier / 13 février / 13 mars / 10 avril / 15 mai / 12 juin

Rendez-vous à 20 h 30 au Centre international de culture populaire (CICP) :

21 ter rue Voltaire – 75011 Paris

Vidéo du dernier séminaire :

Fonctionner ou exister ? : voir ou revoir la présentation publique

A l’occasion de la sortie du dernier livre de Miguel Benasayag, « Fonctionner ou exister ? »,  le collectif Malgré tout et les éditions du Pommier organisaient, le 09 novembre dernier, une présentation publique en présence de l’auteur et animée par Raphaël Bourgeois, journaliste à France Culture. 

Découvrez la captation de cette rencontre enregistrée à la Maison de l’Amérique latine :